Éditorial : Chaise vide

À quatre mois de l’important rendez-vous politique et citoyen des élections communales de juin prochain, la scène politico-médiatique semble complètement squattée par les Islamistes du PJD et la mouvance, plus ou moins hétéroclite et opportuniste, qui lui est affidée. Fort d’un succès remarquable lors des élections législatives du 27 septembre 2002, le mouvement de l’islamisme politique marocain a le vent en poupe.
Avec un ancrage populaire tissé patiemment et de longue date en milieu urbain et péri-urbain, dans les couches populaires comme dans l’ensemble des catégories sociales. Avec une stratégie volontariste qui fait feu de tout bois et qui a largement utilisé les canaux religieux et sociaux traditionnels, comme elle s’est convertie aux supports médiatiques et aux ficelles de la communication moderne sous toutes ses facettes.
Avec une exploitation tous azimuts de la propagande populiste la plus jusqu’au-boutiste, même en prenant des libertés avec les règles éthiques et les valeurs universelles les plus fondamentales et en tournant parfois le dos à ce qu’il y a de plus précieux et de plus original dans le patrimoine culturel et civilisationnel marocain. Le mouvement islamiste occupe le devant de la scène et prend la parole, de manière autoritaire et tonitruante, pour prêcher la bonne voie et s’assurer la plus large audience qu’il semble assuré de traduire, le moment venu, en voix électorales et en sièges dans les conseils communaux.
Au sein du Parlement, dans les médias, dans les tribunes associatives, à l’université et dans la rue, les activistes islamistes font l’actualité et expriment leur «exception» en rodant un discours électoraliste, souvent simpliste, mais certainement mobilisateur.
Ainsi à l’occasion des débats autour de la Moudaouana, des affaires liées au terrorisme, de l’imminence de la guerre d’Irak, de la sortie d’un film de Nabyl Ayouche jugé licencieux, de la discussion sur la question amazighe, du projet de traduction d’un livre de Mohamed Choukri, et de mille autres questions plus ou moins importantes, plus ou moins localisées, les ténors du PJD et les voix autorisées du reste de la mouvance de l’islamisme politique, relayé par les médias du mouvement, comme d’une bonne partie de la presse écrite, expriment leurs positions et jettent anathèmes, excommunions, menaces et promesses à tout bout de champ.
C’est de bonne guerre face à des partis politiques traditionnels quasi-tétanisés et minés par des crises de démocratie interne et de management partisan à bout de souffle et un discours politique qui a du mal à se renouveler et à intégrer les nouvelles donnes de l’action civique et de la cause démocratique.
Ainsi, si tout laisse croire, dans ces conditions, que rien ne pourra arrêter la déferlante islamiste, il faut dire que le mérite en revient d’abord à la cohérence du mouvement qui a su capitaliser les avantages du climat de liberté et de l’embellie démocratique naissante dans notre pays. Mais, le succès politique islamiste est également dû aux défaillances et à la politique des autres partis, notamment ceux qui sont traditionnellement dépositaires du combat de longue haleine pour les libertés et la démocratie. Et qui sont actuellement inscrits aux abonnés absents.

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