Éditorial : Changer ou disparaître

Le Maroc a fait les choses en grand pour accueillir le Forum de l’Avenir qui se tiendra à Rabat le 11 décembre. Le projet américain initialement baptisé “Grand Moyen-Orient“ rassemble autour d’une même table les ministres des Affaires étrangères et des Finances de plus 20 pays arabes, de ceux du G8 et les représentants d’organisations internationales. À l’ordre du jour de cette initiative, une seule question : les mesures à mettre en oeuvre pour promouvoir la démocratie et le développement économique dans le monde arabe. De Rabat au Caire en passant par Riyad, les opinions publiques sont cependant contre l’idée que l’Administration Bush s’érige en donneuse de leçon en raison notamment de sa politique désastreuse en Irak et sa partialité flagrante dans le conflit arabo-israélien.
Tout a été dit sur les véritables visées de Washington à travers l’organisation de cette opération. Contrôle des sources énergétiques ou pas, il est indéniable que la nation arabe n’a plus aucune excuse pour entamer sans plus tarder ou hésiter les réformes politiques et économiques nécessaires. Il y va de l’avenir des régimes concernés qui doivent se conformer aux aspirations des peuples s’ils ne veulent pas rester toujours à la traîne. Les détracteurs du projet américain insistent sur le fait que les changements souhaités ne peuvent venir que de “l’intérieur“. Mais encore faut-il qu’ils soient provoqués par une élite intellectuelle et politique indépendante des sphères du pouvoir et déterminée à offrir une alternative aux systèmes autocratiques en place. Seulement voilà, ces élites, qui tirent un pays vers le haut, ont été soit achetées, soit, en désespoir de cause, ont fait le choix du chemin de l’exil vers des cieux plus cléments. Les plus optimistes croient aujourd’hui à une prise de conscience des dirigeants arabes quant à la nécessité d’abandonner les réflexes qui freinent le développement de leurs pays. Ils en veulent pour preuve les résultats jugés positifs de la dernière conférence de Marrakech placée sous le thème “La pensée arabe entre le changement de culture et la culture du changement“. En effet, les débats furent marqués par un ton nouveau et franc, les différents intervenants, y compris des personnalités politiques de premier plan, convenant que la situation actuelle du monde arabe mène à l’impasse.
Le monde change à un rythme soutenu particulièrement depuis les attentats du 11 septembre 2001. L’Égypte, l’Arabie saoudite, la Syrie, et autre Libye… sont condamnés à prendre la voie du changement, en commençant par organiser des élections transparentes, à favoriser l’émergence d’une vraie classe politique et contribuer à l’avènement d’une société civile agissante.
Or, nombre de chefs d’État arabes veulent céder à la tentation de léguer le pouvoir à leurs enfants dans une espèce de «république monarchique» qui verrait le pouvoir se transmettre non pas démocratiquement mais de père en fils, à l’instar de ce qui s’est passé en Syrie. Ce serait alors sonner définitivement le glas de l’espoir de la renaissance arabe pour les siècles à venir…

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