Éditorial : Communication de crise

Le dispositif de sécurité mis en place depuis deux semaines dans toutes les grandes villes rassure et inquiète à la fois. Ce qui est une réaction normale chez tous les citoyens du monde quand leur environnement est soumis à la règle de l’exception sécuritaire contre le terrorisme ou tout autre danger. Ce qui n’est pas normal, par contre , c’est le manque d’information qui caractérise ce genre de mobilisation policière chez nous. Le renforcement du service d’ordre avec la multiplication des barrages routiers , fouilles et autres rondes, n’a jamais fait l’objet de la moindre communication explicative. A tel point que la notion de complicité entre bons citoyens et valeureux policiers, se transforme en un curieux face-à-face. Ce qui devrait être une mobilisation générale contre l’insécurité est ainsi émaillé de suspicion, de spéculation hasardeuse et de rumeurs des plus extravagantes. La police citoyenne, qui a été longtemps assimilée à la répression et à la violence, se retrouve, esseulée dans ses efforts les plus louables. Comme l’opération en cours, qui mobilise des milliers de policiers et déploie une grande logistique pour assurer la sécurité des citoyens. Dans un contexte international des plus minés par les attentats, cette vigilance est des plus ordinaires. Sauf qu’en l’absence d’une communication de crise, la population s’inquiète beaucoup plus qu’elle ne se rassure par un tel dispositif sécuritaire. D’autant plus que la rumeur fait des ravages en cette fin d’année qu’elle risque de gâcher la fête par ce qu’elle véhicule comme sinistrose et catastrophisme. Ce faisant, cette rumeur rampante pourrait nuire au tourisme du Nouvel An et à l’économie en général. Le faux pousse, les obscurantistes s’en mêlent pour distribuer des tracts appelant à la non-célébration des fêtes de fin d’année. Certains voulant raviver la psychose du 16 mai en profitant du silence du gouvernement et de l’alibi du déploiement des forces de l’ordre. Certes, en matière de sécurité, il y a des secrets qu’il ne faut pas divulguer. Mais, quand le déploiement devient public, le sceau du secret doit être levé de facto comme c’est le cas dans plusieurs pays du monde. En France, par exemple, le plan Vigipirate est déclenché chaque fois qu’une menace terroriste pointe à l’horizon. Mais cette opération est tellement médiatisée, à travers la télévision et la presse écrite, qu’elle est devenue très ordinaire. La population française, comprenant parfaitement ses objectifs, a été toujours prompte à coopérer en acceptant l’épreuve de la fouille avec le sourire. Ce n’est pas que les Marocains soient moins coopératifs avec la police, mais il faut daigner les informer avant qu’ils ne soient désinformés par les fauteurs de troubles. C’est le management de l’imprévisible, comme on dit dans le jargon économique.

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