Éditorial : Compensation

Il est incontestable que la filière du sucre dans notre pays est malade. C’est un dossier explosif que personne, chez nous, n’a pu aborder avec le courage politique nécessaire. Pour sauvegarder une filière qui produit un sucre de mauvaise qualité et trois fois plus cher que sur le marché international, on assassine, par une taxation abusive, un secteur entier de l’économie marocaine qui utilise industriellement le sucre.
Cette version brouillonne du libéralisme à la marocaine est suicidaire. La Tunisie, la Turquie et l’Egypte envahissent notre marché avec des «sucreries» de bonne qualité et produites au moindre coût pendant que nos industriels locaux agonisent sous les coups de boutoir d’une fiscalité inique et ont les mains liées au nom d’un impératif social obsolète. On peut reconvertir ou mettre à niveau la Cosumar, les betteraviers et autres raffineurs si une réelle volonté existe, mais prendre les consommateurs et les industriels en otage est une démarche aberrante. Ce qui a réussi avec l’huile peut réussir avec le sucre.
Dans ce dossier, la Justice marocaine, que l’on accable habituellement de tous les maux a eu une posture indépendante qui nous réconcilie avec elle. Elle a eu le courage et la clairvoyance de suspendre la taxation du sucre à usage industriel au motif sous-jacent que la Caisse de compensation marocaine n’a pas le droit de créer, par voie administrative, un nouvel « impôt » censitaire derrière le dos de la loi. Grand mal lui en a pris : la bureaucratie triomphante et incompétente veut lui faire manger son chapeau en audience publique. Menaces, intimidation, mises à la retraite multiples…Tout l’arsenal de la vassalisation des magistrats a été utilisé.
Maintenant, soit on profite du sursis à exécution de la taxation du sucre industriel prononcé par la Chambre administrative près la Cour suprême pour remettre à plat la fiscalité de cette denrée et mettre sur pied un vrai plan de reconversion, de mise à niveau et de libéralisation de ce secteur, soit on continue à bricoler en marge de la loi en discréditant davantage notre Justice.
Le fond du problème est lié à l’existence même de ce machin désormais contreproductif qui s’appelle la Caisse de compensation. La compensation universelle est un gâchis et un crime contre les franges les plus démunies de notre société qui voient l’effort national qui leur est dû détourné de son objectif. Pire, les pauvres et leurs besoins servent d’alibi à l’existence d’une Caisse que la politique libérale suivie par notre pays a rendu inutile, voire nuisible.
L’affaire du sucre pose, aujourd’hui, ce problème de fond. Et ce n’est pas en immolant sur la place publique quelques magistrats qui ont des velléités sérieuses et sincères d’indépendance que l’on va encore une fois occulter le débat.

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