Éditorial : Contraste

Les hauts et les bas du couple euro-dollar sont dignes d’un véritable mélodrame financier mondial. Côté européen, la chute soutenue du billet vert agace sérieusement les grandes puissances de l’Union. À plusieurs reprises, les grands argentiers de l’UE ont appelé les Américains à réduire leurs déficits-record pour enrayer la chute du dollar. Ils craignent que le niveau de l’euro, qui atteignait le record de 1,30 dollar, ne pénalise une croissance économique déjà fragilisée par la hausse du pétrole. Mais la dégringolade du dollar a également profité à une série de devises : le franc suisse atteignant son plus haut niveau depuis novembre 1995, le yen a bondi à son plus haut niveau depuis janvier 2000, le dollar canadien a établi un nouveau record de 12 ans, sans oublier le rand sud-africain (record de 5 ans) et le won sud-coréen (plus haut depuis novembre 1997).
Enfin, l’or a dépassé le seuil de 455 dollars l’once pour la première fois depuis 16 ans. Reste que le problème qui mine le dollar depuis plusieurs semaines est dû à l’ampleur des déficits du budget et de la balance des comptes courants des Etats-Unis. Les Américains, tirent pleinement profit de cette situation. Car si l’affaiblissement du billet vert représente une menace pour la croissance européenne et, dans une moindre mesure, de l’Asie, il n’offre aujourd’hui que des avantages à l’économie américaine.
Il augmente la compétitivité des entreprises, réduit, au moins en théorie, un déficit commercial record et protège l’emploi. Pour le Maroc, l’appréciation de la situation reste contrastée. Les avis quant aux vertus réelles ou supposées de cette situation restent partagés. Certains milieux financiers estiment que la situation est bénéfique où une économie essentiellement tournée à l’exportation vers l’Europe. L’on peut ajouter son effet positif sur les flux financiers. En face, les secteurs productifs ont plus d’une raison pour s’affoler. Car si la montée de l’euro profite aux ventes, ses conséquences sont désastreuses pour l’achat du matériel, payé en euros particulièrement fort. Quelle attitude suivre dans ce cas ?
Le flottement du couple dollar-euro pose inévitablement la question sur la politique monétaire nationale, avec le traditionnel discours sur la dévaluation. Tous les analystes s’accordent à dire que les effets pervers d’une telle démarche ne se comptent pas. Une dévaluation du dirham va aggraver les déséquilibres fondamentaux. Cela se traduit par l’augmentation du sous-emploi et du déficit actuel, et le risque de perdre le contrôle d’une situation d’inflation jusque-là maîtrisée.

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