Éditorial : Cri de coeur

La démission de Abdelkrim Ghallab de la direction du quotidien arabophone Al Alam et de l’Istiqlal est un coup dur pour le parti nationaliste. Figure politique de proue et intellectuel reconnu, ce militant de la première heure justifie son geste brutal par la publication dans l’édition d’Al Alam du samedi 10 juillet, et ce sans qu’il en soit informé au préalable, d’une correspondance non signée émanant de Casablanca intitulé “ Le réseau Laâfora tente de se venger de Abderazzak Afilal“. Il s’agit d’un article de soutien à M. Afilal face aux accusations de l’ex-gouverneur de Aïn Sebaâ.
M. Ghallab, 85 ans, n’est pas encore au bout de ses peines. Sa mise au point laconique où il décline sa responsabilité de directeur responsable par rapport à la parution de l’article incriminé ne sera pas publiée dans le numéro du lendemain. Censure…
C’est sur ces entrefaites que Abdelkrim Ghallab annonce dimanche 11 juillet sa double démission à la rédaction d’Al Alam dont il a loué les efforts et l’esprit de sacrifice. L’affaire est embarrassante pour l’Istiqlal dont les instances dirigeantes n’ont pas encore réagi officiellement à ce sujet. Ces dernières, réunies en conclave dans l’urgence pendant la journée du lundi, voudront tenter de faire revenir le démissionnaire sur sa décision pour que les choses rentrent dans l’ordre. Que va-t-il faire ?
En fait, le geste de cet homme de plume ne serait pas seulement, à y regarder de plus près, une conséquence collatérale d’un article de presse publié contre son avis sur un sujet politiquement délicat impliquant un dirigeant du parti. Pour qui connaît le tempérament de M. Ghallab, un fin politicien qui réagit à froid et jamais de manière intempestive, la décision qu’il a prise ne pourrait pas être autrement que mûrement réfléchie. Auquel cas, elle serait la goutte qui a fait déborder le vase, la résultante d’un cumul de plusieurs contradictions qui ont dû heurter sa conscience rigoureuse. C’est ce qu’il laisse clairement entendre dans l’entretien qu’il nous a accordé.
Alors quelle lecture politique faire de ce coup de tonnerre dans le ciel istiqlalien ? La démission de Abdelkrim Ghallab dans le contexte actuel est perçue par les observateurs comme une alerte sérieuse sur la situation du parti qui, force est de le reconnaître, vit depuis le départ de son leader M’hamed Boucetta un malaise perceptible. Un malaise qui rejaillit fatalement sur la presse de cette formation se retrouvant prise en otage par des prises de positions et une manière de gérer certains dossiers qui vont parfois à l’encontre des principes de l’Istiqlal de Abdelkrim Ghallab, l’Istiqlal qu’il avait intégré à l’âge de 15 ans et dans lequel il se reconnaît de moins en moins. C’est là son message principal. Le cri de coeur d’un homme déçu qui refuse de renoncer à ses convictions sous la pression des événements.
C’est dire que les dirigeants du parti sont invités à analyser la démission d’un de ses membres les plus importants à la lumière de tout cela pour procéder à un véritable aggiornamento et à un assainissement de ses rangs. Ceci dépend de l’idée que les Istiqlaliens veulent donner à l’avenir de ce qu’ils sont. Car à force de défendre l’indéfendable, on perd son âme militante ou ce qu’il en reste. Formation essentielle du paysage politique, l’Istiqlal a besoin de prendre un autre virage.

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