Éditorial : Crise de dialogue

Le projet de réforme portuaire, mis en oeuvre par le ministère du Transport et de l’Équipement, n’est pas trop critiquable sur le fond. Mais sur la forme, il est attaquable. C’est dans cette brèche-là où se sont engouffrés les détracteurs du texte pour faire de la résistance. Appuyés par les syndicats, agents et cadres de l’Office d’exploitaton des ports (ODEP) ont, au-delà des différents arguments mis en avant, peur tout simplement d’un changement qui équivaut pour eux à une révolution : la transformation de l’office en deux entités, une société anonyme et une instance de régulation. Un peu à l’image de l’évolution qu’a connue le secteur des télécoms national qui a débouché sans trop de dégâts sur la création de l’ANRT, de Maroc télécom et de Méditel. Ce fut plutôt une réussite.
Le personnel des ports du Maroc refuse une réforme décrétée d’en haut. Il a surtout raison de dénoncer l’absence de concertation qui a caractérisé ce dossier pourtant capital pour la mise à niveau des ports du pays. En effet, le ministre de tutelle a concocté sa réforme qu’il voulait faire passer en force en Conseil de ministres reporté du 22 novembre sans demander l’avis des concernés. Une telle démarche, qui n’a pas eu lieu, a l’avantage de rassurer les uns et les autres sur leur avenir en leur expliquant les points positifs de s’inscrire dans une nouvelle organisation de travail.
Or, le gouvernement a choisi de s’enfermer dans une logique unilatérale là où il aurait fallu faire preuve de pédagogie et de dialogue vis-à-vis des différents opérateurs du secteur. Et c’est naturellement que le changement brutal de statut de l’ODEP, malgré son importance capitale pour la compétitivité des ports, suscite des appréhensions, voire des critiques. Les agents de l’office et les dockers, habitués jusqu’ici à un système, il faut le reconnaître, où la transparence n’est pas souvent de mise, craignent pour leurs emplois et pour ce qu’ils considèrent comme des acquis.
L’inquiétude est telle que les travailleurs portuaires, affiliés aux différentes centrales syndicales, ont décidé depuis hier lundi 6 décembre de gronder contre cette refonte en portant le brassard dans l’espoir d’obtenir le retrait du projet controversé et la tenue d’un colloque national sur la question. Voilà, le bras de fer est engagé sur fond de chantage. Que va faire le gouvernement pour ne pas perdre la face ? Pourquoi le chef de l’exécutif, un homme réputé pourtant pour son sens du consensus et du dialogue, n’a-il pas fait jouer ces qualités sur le dossier des ports ? N’étant pas non plus le genre à aller à la bagarre, Driss Jettou ira-t-il jusqu’à désavouer son ministre de l’Equipement et retoquer la copie de la discorde?
En tout cas, les syndicats, fortement implantés dans le secteur portuaire et maritime où ils font la loi dans un contexte qui n’est pas tout à fait clair et sain, ne comptent pas en démordre. Ils sont décidés à se faire entendre et à défendre jusqu’au bout les revendications de l’armée des manutentionnaires et des dockers. Une aubaine pour l’UMT et l’UGTM de reprendre du poil de la bête sur un dossier socialement chaud.

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