Éditorial : Crise diffuse

Les pharmaciens comptent faire grève les 2 et 9 juillet 2004, avec port de brassard. Motif : protester contre le fait qu’ils n’aient pas été associés par les pouvoirs publics au sujet du nouveau projet de code de la profession élaboré par ces derniers.
De fait, cette protestation cache des problèmes beaucoup plus profonds nourris par la dégradation continue de la situation morale et financière des pharmaciens. Cette profession, naguère prestigieuse et socialement valorisante, a basculé depuis quelques années dans une crise diffuse. En gros, elle subit les contrecoups d’un malaise social général engendré notamment par l’érosion du pouvoir d’achat de la population et l’absence de l’assurance maladie obligatoire. Ce métier, tout comme celui de médecin, se trouve au carrefour du déficit sanitaire du pays. Un déficit qui va en s’aggravant dans l’indifférence des pouvoirs publics.
Dans le cas qui nous intéresse, un chiffre résume la situation : 400 Dhs. C’est en moyenne ce que dépensent chaque année les Marocains pour le poste médicaments. Insignifiant. Résultat : le chiffre d’affaires de la profession, loin de connaître une augmentation, est en baisse constante surtout que de nouveaux diplômés, entre 700 et 900 annuellement, ouvrent leur officine. Pour une demande stagnante, l’offre est en hausse perpétuelle. D’où la crise financière. Elle est si aiguë que nombre de pharmaciens ont mis la clé sous le paillasson alors que d’autres pour survivre font crédit à leurs clients ou vendent carrément les médicaments au détail.
Les pouvoirs publics ne sont pas étrangers à ce malaise pour n’avoir pas réglementé en amont ce maillon essentiel de la chaîne médecine : définir au préalable les besoins du pays en étudiants et en officines dans une étude à moyen et long terme adaptée régulièrement en fonction des changements.
Au lieu de cela, ils ont laissé cette profession se développer en roue libre dans un climat d’anarchie ou presque. Les candidats malheureux au concours d’accès à cette spécialité au Maroc se rendent dans des pays où les conditions d’admission ne sont pas draconiennes. C’est ainsi que des bataillons entiers de lauréats sont rentrés au bercail avec des diplômes obtenus notamment de l’Europe de l’est. C’est cette inflation non contrôlée (7000 pharmaciens au Maroc), conjuguée au phénomène de sous-médication, qui a fait que la profession de pharmacien a perdu petit à petit de son intérêt et de son potentiel. Comment renverser la vapeur ? Au ministère de tutelle et au gouvernement d’agir pour limiter les dégâts.
Beaucoup de professions libérales, dévalorisées, vivent dans le même calvaire pour cause d’absence de vision étatique pour en organiser le fonctionnement et en assurer la pérennité sur des bases réglementaires claires et fermes. Le gouvernement a obligation, de concert avec les ordres ou les syndicats des corporations sinistrées, de les repenser dans un sens qui préserve leurs intérêts.

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