Éditorial : De Fikri à Khattab

Éditorial : De Fikri à Khattab

En juin 2002, les Marocains découvraient, consternés, l’existence au Maroc d’une organisation terroriste intégriste portant le nom de la Salafiya Jihadia. Les opérations de démantèlement de plusieurs groupuscules agissant sous la bannière de cette nébuleuse se suivirent durant l’été. Et, au fur et à mesure que les membres de cette organisation tombaient dans les filets des services de sécurité, la fameuse théorie de l’exception marocaine s’effondrait petit à petit.
Des jeunes Marocains avaient, sous l’impulsion d’une idéologie totalitaire dite Attakfir Wal Hijra, tué plusieurs dizaines de personnes qu’ils ont jugées impies, "confisqué" leurs biens, et violé leurs femmes… Tout cela en estimant agir dans le cadre d’une prétendue légitimité religieuse. Les récits des multiples crimes des Youssef Fikri, de Damir, Rabiâ et compagnie, publiés dans la presse avaient montré aux Marocains, pour la première fois, un visage de la société qu’ils ne connaissaient pas ou dont ils refusaient d’admettre l’existence…
Des voix s’élevèrent alors pour dire que tout cela n’était qu’une conspiration. L’affaire aurait été montée de toutes pièces par les services de sécurité afin de justifier une prétendue volonté de reprise en main sécuritaire de la gestion des affaires publiques. Ce discours sera tenu par les islamistes toutes branches confondues, par la presse nihiliste, par les opposants aux initiatives modernistes…Bref, tous ceux qui ne veulent pas que les choses changent dans ce pays en ont fait leur cheval de bataille. Pendant des mois.
Toutefois, la suite des événements, dont les tragiques attentats du 16 mai, allait démontrer que la Salafiya Jihadia était une réalité, que le terrorisme intégriste était une vraie menace au Maroc et qu’il n’y avait pas de volonté de remettre en question les acquis démocratiques puisque toutes les affaires de la Salafiya, de juin 2002 à nos jours, ont été traitées dans le cadre de la loi.
Aujourd’hui, alors que les services de sécurité viennent de faire échouer le projet d’un 16 mai bis, la thèse de la conspiration refait surface d’une manière aussi grotesque et absurde qu’il y a quatre ans. Mais cette fois, ce sera uniquement la défense des mis en cause qui tentera de la faire prospérer. Les islamistes, eux, ont préféré faire profil bas. Pour eux, toute l’affaire Khattab ne mérite aucun intérêt. Le quotidien Attajdid, porte-parole des islamistes du PJD, préfère ignorer l’affaire.
À une année des élections, il vaut mieux ne pas rappeler aux gens qu’entre islamistes modérés et islamistes kamikazes, il n’y a qu’un seul pas à franchir. Khattab ne s’était-il pas initié à l’islamisme au sein d’Al Adl Wal Ihssane et suivi des cours de l’imam pro-PJD, Assahabi ? En tout cas, entre des intégristes qui voulaient faire exploser le pays et des milices chiites que l’on élève au rang de sauveurs de l’honneur de la "Oumma", le PJD semble avoir fait son choix: l’idéal de la nation arabo-musulmane devrait être le Hezbollah.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *