Éditorial : Décollage

La visite que le Souverain entame à partir d’aujourd’hui dans l’Oriental rentre dans le cadre de la politique de développement régional. Mais le voyage royal dans cette région a souvent été imprégné d’une connotation politique majeure pour au moins deux raisons.
La première a trait aux spécificités de la région comme étant d’abord et avant tout une région frontalière à économie tributaire de ce statut. Mais nos voisins de l’Est ont longtemps fait obstruction à tout décollage de la région transfrontalière pour des raisons politiciennes. Heureusement que la visite royale vient à un moment où l’on parle, avec insistance d’une éventuelle rencontre entre le souverain et le président algérien Abdelaziz Bouteflika. Une rencontre qui devrait normalement entériner la décision d’ouvrir les frontières.
On sait que l’économie de la région est liée au commerce frontalier d’un coté comme de l’autre. On sait aussi que pendant la période de transit des travailleurs immigrés, l’ouverture de frontières avait un effet bénéfique pour le nord et le nord-est du Maroc puisque les travailleurs algériens en Europe transitaient par le Maroc. C’est dire combien la réouverture de la frontière sera bénéfique pour les deux parties pour redynamiser une économie formelle minée depuis plus de huit ans par la contrebande et les trafics de tous bords.
La deuxième raison qui confère à la visite royale toute son importance a trait au développement intégré de la région.
Les économistes savent que le développement durable n’est pas le fruit d’un acte conjoncturel. Et après quarante ans de relations entre Rabat et Alger, deux pays indépendants, on est en mesure de dire que les attitudes algériennes vis-à-vis du Maroc sont à assimiler à des actes conjoncturels. Et là, on est dans le vif du débat. Comment faire en sorte que l’Oriental se développe indépendamment des relations avec l’Algérie ? Il ne s’agit pas là de fermer la porte aux formes de coopération bilatérale les plus diverses. Car il est difficile d’imaginer le développement de l’oriental et de la région algérienne voisine sans flux commercial frontalier. Mais cette exigence géographique n’exclut pas la création des infrastructures nécessaires à la bonne marche d’une machine économique régionale en mal d’énergie. Il s’agit aussi de créer des entreprises industrielles et de services à même de pouvoir d’abord fixer les populations là où elles sont, créer de l’emploi et donc créer des richesses.
La région a été sinistrée depuis la fermeture de mines de Jerada. Mais la leçon de cette fermeture n’a pas été bien assimilée. En clair, il faut diversifier les sources de revenus, les moyens d’investissement et les filières scolaires liées aux spécificités régionales. Les industries de l’alfa n’ont pas décollé alors qu’on peut techniquement être producteur de papier d’impression de bonne qualité, voire d’excellente qualité à partir de l’alfa.
L’idée de créer une agence de développement de l’Oriental, à l’instar du Nord et des provinces du sud ne serait aucunement superflue. Une agence qui mettra en valeur les potentialités de la région et contribuera à fructifier ses ressources naturelles et humaines. Mais ce pan de développement durable reste tributaire d’une redynamisation formelle, d’une économie mixte de part et d’autre des frontières algéro-marocaines.

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