Éditorial : Déconstruction

La sécurité dans les chantiers est régulièrement mise à mal au Maroc au point de devenir un sujet de préoccupation. En l’espace de quelques jours, deux accidents ont, en effet, eu lieu, se soldant par plusieurs blessés. L’un à Tétouan à cause de l’effondrement du plafond d’un couloir d’entrée de la nouvelle gare routière de la ville et l’autre suite à l’écroulement d’une plate-forme en cours de construction dans l’enceinte de la société Cosumar à Casablanca.
Au cours du dernier Ramadan, un éboulement de terrain sur un projet de lotissement au quartier Bournazel dans la capitale économique a fait plusieurs morts parmi les ouvriers et des éléments de la protection civile venus secourir les victimes. Il semble que les sanctions sont rarement prises dans ce genre de dossiers. D’où le sentiment d’impunité et de « je m’en foutisme » ambiant. D’ailleurs, on attend toujours les résultats de l’enquête judiciaire sur cette affaire, supposés déterminer les causes de la tragédie et délimiter les responsabilités. Pour évacuer le problème et le pétrifier, certains esprits invoqueront comme d’habitude la fatalité. D’autres exciperont des risques du métier qui font que les chantiers sont souvent exposés à l’effondrement.
En fait, ces nouveaux drames posent encore une fois le problème du respect des normes de sécurité en matière de bâtiment. Tout se passe comme si ces dernières étaient le dernier souci des promoteurs immobiliers et des entreprises du BTP. L’absence d’une réglementation claire dans ce domaine, conjuguée à la précipitation dans le travail, continue, il est vrai, à nourrir l’anarchie et l’irresponsabilité sur des chantiers transformés en véritables zones de négligence meurtrière. Ouvriers sous-payés, sans combinaison de protection, échafaudages fragiles et instables, travaux réalisés en dehors des normes professionnelles de base… Les entreprises spécialisées, pour être soi-disant compétitives, réduisent les coûts au maximum, quitte à ce que cela se réalise au détriment de la sécurité humaine alors qu’il convient de trouver un équilibre sain entre les deux facteurs.
Les bureaux de contrôle, censés veiller à la conformité de l’ouvrage, sont pris à leur tour dans cette ambiance de défaillance en série. Du coup, c’est toute la chaîne qui est déficiente dès lors que personne ne fait son travail de manière correcte et consciencieuse. À commencer par les pouvoirs publics qui, sur fond de laxisme, laissent faire sans imposer par la loi la manière dont doivent fonctionner les chantiers du bâtiment et de l’immobilier dans ce pays.
En attendant, les chantiers continuent à tomber sur la tête des ouvriers et les sanctions épargnent celles des responsables. À défaut de chantiers de construction en bonne et due forme, on construit des fortunes sur la précarité forcément payante d’un secteur qui n’en finit pas de faire parler de lui.

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