Éditorial : Dégâts collatéraux

Le Maroc et son économie sont-ils mieux placés pour tirer profit de l’accord de libre-échange en cours de négociation avec les Etats-Unis ? Un partenariat équilibré peut-il réellement exister entre la première puissance mondiale et un pays en voie de développement ? Les inquiétudes qui sourdent de certains secteurs ne prêtent pas à l’optimisme et renvoient plutôt à la fameuse expression, à quelle sauce vont-ils nous manger ?
Faut-il alors se réjouir que Washington, sixième client du Maroc et son huitième fournisseur, ait décidé de créer une zone de libre-échange avec Rabat ? Les officiels marocains pensent que le pays a tout à gagner de la conclusion d’un tel accord en termes notamment de renforcement ( par le jeu des délocalisations) des investissements US dans le Royaume où opèrent déjà quelque 120 entreprises américaines, soit un investissement total de 600 millions de dollars. Pour les Américains, le Maroc représente un débouché non négligeable dont les importations annuelles se chiffrent à près de 11 milliards de dollars. Une aubaine. Inversement, que peut-on écouler, nous Marocains, sur le marché américain ? Peu de choses compte tenu de l’état de l’économie nationale. Des pans entiers de celle-ci ont fort à faire, non pas pour espérer concurrencer les produits estampillés US, mais juste pour amortir le choc. Tout un programme qui nécessite de se mettre à niveau aux plans de la qualité, de la compétitivité et de la technicité. Ce qui nécessite des années d’efforts à supposer que cette restructuration en profondeur est affaire de temps.
À partir de là, il faut trouver la parade en mettant les garde-fous nécessaires en vue de limiter les dégâts pour le tissu économique national face à l’invasion des marchandises américaines de toutes sortes. Dans cette perspective, un secteur en particulier dont le Maroc a fait une locomotive essentielle risque de souffrir. Il s’agit de l’agriculture dans son volet relatif aux céréales et à l’aviculture qui n’ont jamais fait face à la concurrence étrangère. Ces deux filières et d’autres, ainsi totalement libéralisées, seront sinistrées avec comme résultante importante une hausse du chômage rural.
Cette situation peu réjouissante pour l’activité agricole marocaine, qui est déjà concurrencée par des produits venus d’ailleurs comme les fruits, oblige les opérateurs de ces branches fragiles à réfléchir dès maintenant avec le concours des pouvoirs publics à leur reconversion. Sinon le Maroc risque de courir droit vers la plus grande catastrophe économique et sociale de son histoire… Le Royaume dispose d’un moratoire de dix ans pour préparer son agriculture au démantèlement complet des barrières douanières… En fait, accord de libre-échange ou pas avec les Etats-Unis, le rouleau compresseur de la mondialisation est déjà en marche. Une machine impitoyable qui balaiera sur son passage tout ce qui manque de force et de résistance. Seuls les plus forts resteront. Il appartient aux acteurs économiques concernés avec le soutien de l’État d’immuniser les secteurs sensibles contre le mal nécessaire du commerce sans frontières…

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