Éditorial : Déplacement déplacé…

José Maria Aznar entame à partir d’aujourd’hui 8 décembre une visite officielle au Maroc. Posons la question de manière crue et directe sans fioriture aucune. En quoi ce voyage serait-il utile et rentable aussi bien pour Madrid que Rabat sachant que le président du gouvernement espagnol est en fin de parcours et qu’il a surtout passé ses deux mandatures à travailler contre les intérêts du Royaume ? Une hostilité permanente qu’il a affichée avec l’arrogance des dominants dans nombre de dossiers : Sahara marocain, l’îlot Leïla, émigration clandestine pour ne citer que ces sujets-là. Sur la question du Sahara, l’Espagne de José Maria Aznar a rejoint la position de l’Algérie dans son hostilité à l’égard de l’intégrité territoriale du pays. Concernant l’émigration clandestine, le gouvernement de Madrid exige contre toute logique que le Maroc accepte de rapatrier sur son sol les clandestins subsahariens interceptés en Espagne. Le point d’orgue de cette fidélité dans le ressentiment aura été atteint par l’envoi par Aznar de son armada militaire pour occuper l’îlot marocain de Leïla. Cet épisode a choqué tout le monde y compris les pays européens et les États-Unis. Dans le comportement du chef du parti populaire espagnol, il y a quelque chose qui dénote une mentalité depuis longtemps révolue. Pour être franc et précis, nous n’avons pas eu au Maroc sous l’ère Aznar d’être lié à l’Espagne par un partenariat équitable pour les intérêts mieux compris des deux parties, encore moins par une communauté de destin qui trouve sa source aussi bien dans l’histoire que la géographie. Au Maroc, on a du mal à saisir les raisons qui pourraient pousser un chef de l’Exécutif espagnol à obérer à ce point l’avenir entre deux royaumes qui ont tout à gagner en travaillant ensemble ? Au lieu de cette démarche constructive et positive, José Maria Aznar a mis un point d’honneur à exploiter avec un sens inégalé d’acharnement toutes les occasions pour soit provoquer son voisin du Sud ou lui porter préjudice. Les responsables marocains, il est vrai, n’étaient pas habitués à un tel étalage de haine de la part d’une nation qu’ils ont toujours tenue en grande estime. Mais avec Aznar, ils ont appris que les petits calculs n’ont jamais fait les grands hommes et que les perdants se recrutent toujours dans le camp des hargneux. Par son attitude hostile, José Maria Aznar n’a pas seulement braqué le Maroc. Il a également irrité ses partenaires européens en soutenant contre leur avis la guerre des Etats-Unis en Irak de Saddam Husseïn. La tournure dramatique prise par les événements dans ce pays montre le degré de vision de l’intéressé. Résultat : les Espagnols ne comprennent toujours pas pourquoi leur chef de gouvernement a faussé compagnie à l’Europe pour se fourvoyer dans une guerre injuste aux côtés des Américains. C’est un président du gouvernement espagnol en fin de parcours qui se déplace au Maroc où il sera reçu malgré tout avec les honneurs dignes d’un chef d’État d’un pays proche et ami. Le Maroc et l’Espagne sont deux Royaumes qui ont la pérennité pour eux et dont les peuples se connaissent et s’apprécient. Quant à José Maria Aznar, il entrera certainement dans l’Histoire à sa façon.

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