Éditorial : En toute franchise

C’est une réforme tarifaire qui ne dit pas son nom. Préparé dans le secret total par les services du ministère de l’Industrie, du Commerce et de la Mise à niveau de l’économie dirigé par Salaheddine Mezouar, ce projet relatif au secteur textile a fait l’objet d’une fiche technique qui évalue officiellement les avantages douaniers par rapport aux accords de libre-échange signés par le Maroc entre l’Union européenne et les Etats-Unis.
Sous des dehors techniques truffés de données chiffrées, cette réforme vise à soutenir, notamment par la réduction de la fiscalité, les opérateurs marocains du textile dans la perspective du démantèlement douanier. Objectif: rendre plus compétitive une filière menacée par rapport à la concurrence étrangère. À la limite, c’est de bonne guerre. Mais ce qui ne l’est pas du tout c’est l’intention du ministère concerné d’instaurer en parallèle des prix d’alerte à l’importation pour les vêtements manufacturés. Cette mesure, visant à accroître la protection des exportateurs et les producteurs de textiles locaux, s’avèrerait très pénalisante pour un autre pan important de la filière que sont les franchisés de l’habillement installés au Maroc, un créneau qui a connu, ces derniers temps, un développement notable avec des investissements lourds. Voudrait-on soutenir les uns pour tuer les autres ? Est-ce l’objectif des rédacteurs de ce projet de réforme tarifaire dont l’administration des Douanes et le ministère des Finances ont reçu copie ?
Fathallah Oualalou a manifesté son opposition aux plans de Salaheddine Mezouar. Argument avancé : ces derniers sont contraires au libéralisme affiché par le Maroc et à l’esprit de la libre concurrence. Et puis, l’argentier du Royaume voit d’un mauvais oeil l’idée de subventionner de nouveau un secteur qui bénéficie déjà d’avantages contenus dans le contrat-programme signé en août 2002 par l’Amith et les pouvoirs publics. A quoi riment donc les termes de cette nouvelle “réforme tarifaire“ ? A qui profite réellement les prix alerte ou de référence qu’on voudrait imposer comme un diktat à la communauté des franchisés?
Pour M. Oualalou, pas question de marcher dans ce qui ressemble à un cadeau supplémentaire fait à une partie de la filière au détriment d’une autre. Tout cela est peu orthodoxe. Homme aux convictions libérales connues et reconnues, le Premier ministre Driss Jettou est invité à trancher rapidement le litige dans un arbitrage qui sauvegarde les intérêts légitimes de l’ensemble de la filière marocaine du textile et habillement. Il n’est pas normal que M. Mezouar concocte, sous couvert de soutien à une filière sinistrée, des mesures qui vont à l’encontre des choix libéraux du Royaume et du jeu de la compétition loyale.
Certes, M. Mezouar était président de l’AMITH et dirigeant d’une entreprise textile avant d’entrer au gouvernement en juin dernier. Mais de là à profiter de son nouveau pouvoir de ministre de tutelle pour s’amuser à filer du mauvais coton dans une logique de chef d’une seule corporation, il n y a qu’un pas qu’il est dangereux de franchir.

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