Éditorial : Environnement hostile

Malgré quelques soubresauts, l’industrie du tourisme national reste à la traîne par rapport à des pays similaires au nôtre. Pendant les périodes fastes des années soixante-dix et quatre-vingts, les opérateurs de ce secteur ont investi beaucoup plus en marketing primitif que dans les infrastructures et les services.
L’Etat, à travers l’Office national du tourisme et les Tours opérateurs, vantait gauchement le soleil, le désert, le chameau et la beauté des plages marocaines. Les décideurs croyaient qu’il suffisait de placarder des affiches et de distribuer des fascicules pour vendre le produit marocain. De ce fait beaucoup d’argent a coulé sous le pont d’une promotion attirante par son irrationalité qu’attrayante pour notre pays. Il fallait plus pour attirer des touristes de plus en plus sollicités de par le monde et donc de plus en plus exigeants sur leurs conditions de séjour et de voyage.
En plus de la capacité d’accueil, de la qualité de service et de transport, les prix étaient loin d’êtres concurrentiels. Autant nos concurrents immédiats s’attelaient à réduire les coûts des nuitées autant nos opérateurs étaient acculés à pratiquer des tarifs prohibitifs. Et pour cause l’Etat, qui est le premier bénéficiaire de cette manne de devises, n’avait pas daigné revoir à la baisse la fiscalité dans ce secteur.
La multiplicité des impôts dans cette industrie dépasse la dizaine et se répercute évidemment sur l’assiette du client. Il ne suffit pas d’accorder des mesures incitatives temporelles pour les investisseurs sans pour autant réduire la pression fiscale sur la durée. Après cinq ans d’amnistie fiscale, l’investisseur tombe droit dans le gouffre d’une pression intenable qui renchérit son prix de revient, réduit sa marge bénéficiaire et l’oblige à augmenter ses prix.
Cette situation devient encore plus critique quand la conjoncture internationale devient morose et vient envenimer le secteur comme lors de la guerre du Golfe. Depuis 1991, l’industrie touristique marocaine a subi un coup de boutoir fatal qui a réduit les recettes touristiques, gelé les investissements et provoqué de multiples faillites et autant de pertes d’emplois. Ce secteur n’a pas cessé d’être fragilisé, malgré les multiples perfusions qu’il a reçues, que ce soit par l’apport de l’Etat ou des investisseurs étrangers.
Certes le tourisme national a été égaillé par quelques embellies intermittentes, mais il n’est jamais sorti de l’ornière. Bien au contraire, les attentats du 11 septembre ont secoué le monde entier pour faire planer le spectre du terrorisme dans tous les coins du monde. Le Maroc n’a pas échappé à cette hantise pour que le flux des touristes diminue au point que ses revenus baissent de 43 % entre janvier 2001 et janvier 2002. Mais le pire est à venir quand on suppute les conséquences graves de la guerre imminente contre l’Irak que les Etats-Unis préparent militairement et médiatiquement. Ses répercussions économiques seront incommensurables et se répercuteront davantage sur le tourisme marocain. D’autant plus que, depuis l’attentat de Word Trade Center, le terrorisme est assimilé exclusivement à tout ce qui est musulman. L’environnement est si hostile que les hôteliers marocains commencent à élaborer des plans de crise qui risquent d’augmenter davantage les dégâts socio-économiques.

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