Éditorial : Et le zodiac bon sang !

La saison des pluies qui commence ne peut faire que du bien à un pays dont l’agriculture est une des principales activités de son économie. Ceci est incontestable. Or, au Maroc, les précipitations, quand elles sont fortes, agissent souvent comme un révélateur de la faiblesse qui caractérise les infrastructures mais aussi l’imprévoyance et l’incurie des gouvernants. Ce qui débouche sur des catastrophes avec des dégâts humains et matériels importants aussi bien dans le Maroc des villes que des champs. Images de détresse et d’impuissance. Que faire devant ces torrents d’eau ravageurs ? Rien, sinon se résigner. Justement, il faut dépasser cette résignation et cette propension à la fatalité pour profiter de manière optimale des bienfaits du ciel. Sans peur, ni drame. La tragédie de Mohammédia de novembre dernier à cause des inondations et de l’incendie de La Samir ne doit pas se reproduire cette année. À l’approche de ce mois de tous les dangers, les autorités de la ville craignent le pire. Dans ce sens, celles-ci en collaboration avec La Samir ont édité un prospectus mentionnant les quartiers et les zones menacés en cas de crues avec des niveaux d’alerte (rouge, jaune et vert). Ce prospectus a semé la panique parmi la population. Ayant réalisé l’effet ravageur de leur initiative, les autorités ont dû suspendre la distribution de ce document d’information. L’ensemble de la ville basse, si d’aventure les eaux atteignent 110m3 par seconde, serait sinistré. Que doivent faire les habitants pour sauver leurs peaux ? Les rédacteurs de ce document ingénieux leur conseillent d’évacuer sur le champ les zones concernées dès le déclenchement de la sirène pour se réfugier dans des lieux sécurisés. Lesquels ? Personne ne sait. En fait, point d’abris. La population doit se débrouiller toute seule pour échapper au pire. Sinon, elle ne doit s’en prendre qu’à elle-même. Avant de déserter chez eux, on a conseillé tout de même aux habitants de ne pas oublier deux précautions fondamentales: couper le courant et le gaz pour éviter tout risque d’électrocution ou d’explosion et fermer les portes, les fenêtres et toute autre voie d’accès. Les artisans de ce vade mecum du salut ont oublié une chose essentielle : le zodiac. À moins que la préfecture n’ait l’intention d’offrir gracieusement un pneumatique à chaque foyer ! C’est le plan d’action mis en place par la préfecture de Mohammédia afin de “limiter les dégâts qui seraient engendrés par les inondations“. Un plan “adapté à la protection des zones menacées“. Les gens de Mohammédia, qui décidément n’est pas encore relevée de ses peines, savent à quoi s’en tenir. Ils sont informés au préalable de ce qui les attend si des fois la nature entre en furie. Avec un plan Orsec aussi costaud et des moyens préventifs aussi adaptés, on est au moins sûr de ne pas se noyer idiot.

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