Éditorial : Etat d’esprit

La police au service du peuple. Cette maxime souvent dévoyée est aujourd’hui au coeur du débat chez nous. Notre police est-elle à notre service ? À une telle interrogation, point de réponse claire et définitive. Chacun y va de sa propre analyse et de sa vision des choses, parfois avec un paquet de préjugés et de verdicts à l’emporte-pièce. Mais une chose est claire. Plus que jamais, la police se sent très proche de la population, des démunis et des laissés-pour-compte.
La cause en est simple. L’évolution des notions des droits de l’Homme a fait que les agents de la police ne sont plus épargnés ni par leurs supérieurs ni par l’opinion publique devenue prompte à décrier toute velléité supposée ou avérée d’un policier à faire fi des droits humains les plus élémentaires. Mais, la même opinion publique est prompte à se sentir solidaire de n’importe quel policier lésé dans ses droits. Ce qui constitue à n’en point douter une évolution à relever tellement c’était impensable, il y a peu.
Dans ce contexte particulier, un souci majeur a été porté à une notion plutôt simple mais généralement occultée. Celle de placer les responsables qu’il faut là où il faut. Et surtout là où ils peuvent donner le meilleur d’eux-mêmes. C’est ce principe-là qui a présidé au vaste mouvement que le corps de la police a connu, ces derniers jours. C’est aussi ce principe qui veut que chaque responsable soit muté au bout de quatre ans, pour mettre en oeuvre un principe de rotation et de chasse à la routine et aux baronnies, largement justifié. Mais la philosophie d’un tel mouvement est à chercher dans un autre registre. Celui d’amener davantage les chefs de sûreté à accompagner la dynamique actuelle, celle de la concrétisation des aspirations de l’Etat dans toutes ses composantes de faire du respect des droits de l’homme une culture et un acte de tout instant qui ne doit jamais être démenti. Cependant, comme dans toute période de transition, de passage d’un mode de gouvernance à un autre, il y a des amalgames qui apparaissent, de la cacophonie qui s’installe et surtout des réglages subtils à opérer. Parce que comment faire le distinguo entre respect des droits de l’Homme et celui du droit tout court ? Autrement dit, comment faire la part des choses entre les droits inaliénables d’un citoyen et ceux de la société ?
On se rappelle, au début des années quatre-vingt-dix, on sentait comme une grève de zèle des policiers. Malmenés par voie de presse, mal vus par une population qui s’est subitement sentie libérée, les policiers ne pouvaient plus rien faire pour stopper une dégradation du climat de sécurité dans la rue. Les attaques à l’arme blanche et les viols se sont multipliés. Parfois même on entendait dire aux portes des postes de police que c’est le tribut à payer pour les droits de l’Homme… Aujourd’hui, la donne a changé et les gens ont mûri et avec eux cette conception des droits humains. Nul ne peut accepter que la sécurité soit sacrifiée sur l’autel d’un respect des droits humains parce que tout simplement le premier droit pour un individu et pour la communauté est justement celui de vivre en sécurité. Celle-ci est le garant des droits de l’Homme et c’est dans ce sens qu’il faut percevoir les choses tout en restant vigilant quant à la différence entre veiller sur la sécurité des gens et la gestion sécuritaire des affaires. C’est un des amalgames à éviter…

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