Éditorial : Fatalité spirituelle

La spiritualité du mois de ramadan semble calmer les ardeurs de nos délinquants. Les indicateurs de la criminalité urbaine dans les villes le prouvent, en affichant un recul significatif durant le mois sacré. Voilà ce qui va exalter les férus de la religiosité, arguant que, plus que toutes les politiques de sécurité, un seul rite religieux peut changer la donne en l’espace de quelques semaines et procure par la même un effet bénéfique pour l’ensemble de la collectivité. Mais pour mieux appréhender le phénomène, il faudrait probablement l’analyser au même titre que les autres aspects sociaux du mois sacrée. Il est établi que la vie des Marocains change en profondeur pendant le ramadan, et ceci à plusieurs niveaux : us et coutumes sociales, productivité économique, consommation, horaires…
Le phénomène de la délinquance ne pouvait échapper à cet état de fait : lui aussi connaît une baisse de régime. Si l’on ajoute le degré d’amateurisme qui caractérise la criminalité nationale, les choses deviennent un peu plus claires. Faire l’impasse sur les facteurs psychologiques qui peuvent expliquer cette situation serait difficile. Ce qui interpelle ici, c’est l’extraordinaire transformation des moeurs de la société durant le mois sacré. Il est de notoriété publique que diverses formes d’excès et de perversions se développent et prennent de l’ampleur sur la place publique durant ce mois. Prostitution, consommation de drogues et jeux de hasard ne sont que les parties visibles et déclarées des innombrables déviations comportementales typiquement ramadanesques.
En même temps, les manifestations de la piété, accidentelle ou non, se multiplient également durant ce mois. Les non-pratiquants se métamorphosent comme par miracle et se réconcilient avec le rituel religieux, les mosquées ne désemplissent pas et un jeune Imam comme El-Kazaberi peut devenir en l’espace de quelques jours une sorte de star locale et nationale. Irrationnel. Ceci nous ramène vers des interrogations sur la relation de la société avec un rite qu’elle accomplit avec ferveur durant un mois. Plus qu’une simple abstention de manger et de boire, et outre sa dimension spirituelle, ramadan est surtout un mois qui déstabilise les structures et les pratiques établies.
C’est un mois qui renvoie ainsi à l’ambiguïté des hommes et à celle de leurs attitudes. Les multiples contradictions ramadanesques devraient théoriquement susciter la curiosité intellectuelle des chercheurs, toutes disciplines confondues. Sociologues, psychologues, et bien d’autres pourraient apporter un éclairage nouveau sur la relation de l’individu, la société et la religion à la lumière du rite de ramadan. Un chantier de recherches et d’investigations est à explorer pour mieux mesurer la portée sociale d’un mois qui renvient comme une fatalité spirituelle.

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