Éditorial : Fermer la parenthèse

L’arrestation, la semaine dernière en Espagne, de l’ex-président de la Banque centrale populaire (BCP), Abdellatif Laraki, relance l’un des plus grands scandales du système bancaire marocain. La fameuse affaire de détournement de fonds, de malversations et de falsification des comptes de la Banque populaire de Paris (BPP) revient ainsi au-devant de l’actualité après une parenthèse de deux ans.
En effet, la mise en état d’arrestation, en octobre 2002, de l’ex-patron de la BCP sur ordre du juge d’instruction près la Cour spéciale de justice (CSJ) et son internement à la prison civile de Salé devait être le début d’un processus judiciaire visant à remonter les filières du réseau qui avait participé à toutes les magouilles de la filière de la banque à Paris.
Toutefois, la relaxation du principal mis en cause, auquel le juge avait accordé la liberté provisoire sous caution, et l’ajournement sine die du procès avaient permis de faire oublier l’affaire. Il faut signaler aussi que la dissolution de la CSJ et le renvoi des dossiers qui étaient examinés par cette cour devant les tribunaux ordinaires avaient aussi joué en faveur d’un enterrement de facto de l’affaire. D’ailleurs, cela fait maintenant plus de deux ans que l’on ne parle plus de ce dossier et la cour d’appel de Casablanca, qui a hérité de l’affaire, n’a pas encore fixé la date du début du procès. Or, s’il est incontestablement établi que la justice est souveraine en la matière et peut donc prendre les décisions qui lui semblent opportunes, il est tout aussi légitime pour l’opinion publique de s’interroger sur le devenir d’une affaire comme celle de la BPP où des fonds publics ont été détournés. En tout cas, l’arrestation par la police espagnole sur demande de son homologue française de M. Laraki permettra certainement de fermer la parenthèse des deux dernières années et de rouvrir le dossier. Par ailleurs, l’arrestation de l’ex-patron de la BCP intervient à un moment où un scandale similaire, vient à peine d’éclater. Il s’agit de l’affaire de la succursale d’Attijariwafa Bank en Italie et dont plusieurs cadres sont poursuivis par la justice italienne pour des irrégularités et des soupçons de détournements de fonds.
Une affaire qui a éclaté au grand jour en plein processus de fusion de la BCM et de Wafabank lorsqu’un audit ordinaire révèle l’existence de certaines « irrégularités de gestion » bancaire qui sont pénalisées par la loi. Ainsi, il est impératif que les banques marocaines renforcent leurs mécanismes de contrôle de la gestion de leurs succursales à l’étranger car l’image du système bancaire et financier marocain en dépend. Car, outre leur rôle purement bancaire, ces succursales jouent un rôle très important dans la continuité des liens entre les ressortissants marocains établis à l’étranger et leur pays.

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