Éditorial : Fès en péril

Depuis quelques jours, la ville de Fès est en effervescence à cause de ce que les habitants appellent “ un relâchement sécuritaire“ qui serait à l’origine d’une recrudescence inquiétante des agressions dans la médina. L’exaspération était telle qu’une marche de protestation rassemblant un millier de citoyens a été organisée devant la wilaya. Réaction immédiate, limogeage du préfet Mohamed Serghini et son remplacement par Mokhtar Kacimi Bekkali. Le principal résultat est là : Fès a “consommé“deux préfets en l’espace de moins de deux ans. Un record.
En fait, c’est le même scénario qui se répète à l’identique. L’on se rappelle en effet que Abdesslam Badani, resté depuis sans poste, avait été relevé de ses fonctions dans des circonstances similaires suite à un mouvement de protestation des habitants aux abords de la wilaya contre la montée de la criminalité. L’arrivée alors de M. Serghini, un homme qui connaît son métier, a été saluée par la population et les autorités locales. Maintenant, il ne fait plus l’affaire puisqu’il a été écarté !
Certes, Fès est réputée chez la police nationale pour être un centre urbain difficile compte tenu de l’insécurité qui y prend une ampleur particulière notamment au cours de ces dernières années. À la délinquance ordinaire s’ajoute l’activisme intégriste sur fond de misère sociale et d’exode rural. Il apparaît maintenant, à la lumière de ce qui se passe à Fès, que la suppression de la préfecture de la Médina n’était pas une bonne idée en ce sens où elle a eu pour conséquence de livrer cette circonscription et ses commerçants, devenus sans interlocuteur, à une bande de voyous de plus en plus violents.
Autre fait aggravant, les rivalités entre le maire, le wali et le préfet de police ne sont certainement pas étrangers à la manière dont se sont déroulés les événements qui ont abouti à la mise à l’écart de deux patrons de la police locale en l’espace de peu de temps. Si le président istiqlalien du conseil municipal cherchait à obtenir leur tête, il aura réussi.
Reste le problème de fond qui a favorisé cette flambée de l’insécurité sous toutes ses formes, la crise économique et sociale multiforme où Fès a basculé depuis longtemps. Les autorités locales et les pouvoirs publics assistent comme impuissants à la dérive de la cité spirituelle devenue capitale de l’extrémisme et une plate-forme de la drogue. En somme, le problème de Fès n’est pas seulement une simple affaire policière et de répression des délinquants. C’est surtout une question de projet global pour l’agglomération et de son avenir sur tous les plans. Un projet pour le moment inexistant, battu en brèche par des considérations qui ont peu à voir avec les intérêts de la ville.
C’est quoi Fès aujourd’hui ? Quelles sont ses ambitions ? Personne ne sait. D’où l’urgence d’une réflexion à mener sérieusement par le gouvernement de concert avec les principaux acteurs locaux. Il ne suffit pas de changer de préfet pour que la situation s’améliore. Il faut s’attaquer aux racines du mal.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *