Éditorial : Fonds perdus

C’est l’une des filières qui ont besoin d’une refonte totale mais celle-ci tarde à venir. Il s’agit du secteur des céréales notamment du blé qui a été libéralisé dès 1996 sous l’époque de Hassan Abouyoub alors ministre de l’Agriculture. Or dans les faits, la production et le commerce de cette denrée ne le sont pas vraiment étant donné que les pouvoirs publics continuent à subventionner la production nationale de blé pour permettre aux agriculteurs locaux de vendre une récolte qui revient très cher à un prix qui soit compétitif par rapport au blé importé à des tarifs défiant toute concurrence malgré l’institution d’un équivalent tarifaire au niveau de la douane .
Cette différence entre les deux produits, national et étranger, se chiffrant à quelque 2 milliards de Dhs par an, est distribuée aux minotiers par le biais d’un système de compensation compliqué et poreux qui laisse peu de place à la transparence puisqu’elle ne profite pas tellement aux concernés.
Une fausse libéralisation donc qui favorise aussi bien en interne qu’en externe l’enrichissement indu de nombre d’acteurs de cette filière opaque. L’affaire Ghali Sebti est emblématique de ces dérives.
À défaut d’une gestion efficiente et rationnelle du dossier du blé, les opérateurs se font du blé sur le dos des agriculteurs. C’est le cas de le dire. L’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL), établissement qui aime apparemment évoluer dans l’ombre, perpétue cet état de fait. Le gouvernement actuel a promis pour début juillet 2004 une réforme ( elle semble être passée à la trappe) qui s’attacherait à octroyer une subvention directe à l’agriculteur au lieu de continuer à la partager comme un gâteau entre les différents minotiers du pays. Nous en sommes là aujourd’hui. Au milieu du gué, hésitant sur la conduite à observer pour sortir définitivement d’une affaire où l’État perd chaque année le blé et l’argent du blé.
Certes, il importe pour les pouvoirs publics de sauvegarder les intérêts de milliers d’agriculteurs mais une telle préoccupation justifie-t-elle de soutenir à fonds perdus une filière, écrasée par le rouleau compresseur des importations massives à bas prix, et de ce fait très peu compétitive à cause du caractère élevé des coûts de production ? C’est le fond de la question.
N’aurait-il pas été rentable dans un élan audacieux et réformateur d’encourager les agriculteurs à se reconvertir dans des cultures de substitution où ils peuvent eux-mêmes se prendre en charge sans avoir à solliciter l’aide directe ou indirecte de l’État ?
Des pans entiers de l’agriculture marocaine sont menacés par le vent de libéralisation qui souffle par rafales sur le monde. Déjà, les effets se font sentir sur le créneau de “la banane nationale“ qui fait pâle figure devant son homologue étrangère.
Les clauses du volet agricole de l’accord de libre-échange Maroc-Etats-Unis (ALE) ne seront effectives que 15 ou 20 ans après l’entrée en vigueur de cet accord. Il s’agit d’un moratoire qu’il faut d’ores et déjà mettre à contribution pour préparer une mise à niveau sérieuse et viable du Maroc des champs.

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