Éditorial : Gagant-gagnant

Un « mémorandum d’entente » a été signé lundi 17 mai par le président du gouvernement autonome des Canaries Adan Martin Menis et le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Mohamed Benaïssa.
Cet accord est intervenu suite à la visite au Maroc du responsable espagnol qui a été reçu en audience par S.M le Roi Mohammed VI. Plus que jamais les conditions sont réunies pour que les deux parties développent leur coopération dans nombre de secteurs. C’est cette volonté commune qui a été fortement exprimée à cette occasion. Elle dénote un changement notable dans les rapports entre les Iles et le Royaume. Le tournant a été opéré il y a quelques mois, lorsque le parti au pouvoir depuis plusieurs années, la coalition des Canaries alliée au Parti Populaire, a révisé sa position envers le polisario qu’elle soutenait autrefois à bras-le-corps au point que Las Palmas est devenu un “repaire“ prospère des séparatistes. Symbole de ce changement radical apprécié à sa juste valeur à Rabat, le démantèlement du slogan pro-polisario visible de loin (Sahara vincera, le Sahara vaincra) accroché depuis des années au flanc de la colline proche de l’aéroport de Las Palmas.
Ce geste a du coup signé l’avènement d’une nouvelle ère dans les rapports marqués jusqu’ici du sceau de l’indifférence entre les deux voisins de l’Atlantique. À y regarder de plus près, l’un et l’autre sont faits pour travailler ensemble et non de se tourner le dos. La realpolitik et le bon sens ont fini par prendre le dessus pour les intérêts mieux compris des Iles et du Royaume. Situé dans l’Océan Atlantique, au large du Maroc, l’archipel espagnol des Canaries formé de 7 îles est principalement identifié comme un pôle touristique d’excellence où il fait bon prendre ses vacances. Ce petit bout de territoire de 7200 kilomètres carrés ne reçoit-il pas chaque année près de 12 millions de touristes, soit 4 fois plus que le Maroc qui fait plus que 100 fois la superficie des Canaries? C’est sans conteste dans le domaine des voyages en particulier que la coopération bilatérale peut être utile et fructueuse. Région qui a fait depuis des années le plein des touristes friands du balnéaire , les Canaries qui représentent le prolongement naturel de la zone Sud peuvent orienter une partie de leur surplus de flux touristiques vers les provinces sahariennes qui ne possèdent pas moins d’attraits non négligeables que sont des plages magnifiques à valoriser et un désert magique à découvrir. La proximité est un atout de taille. La Palmas est à moins de 30 minutes d’avion de Laâyoune.
Le Maroc est chez lui au Sahara. Un pari intelligent sur l’avenir suppose d’explorer d’ores et déjà les possibilités d’élaboration de formules de loisirs dans les provinces du Sud et ce en partenariat avec les opérateurs privés canariens. La même coopération “gagnant-gagnant“vaut pour la pêche où les professionnels des deux côtés ont beaucoup à faire au-delà de la simple commercialisation des produits de la mer. Le meilleur moyen de sceller cette amitié naissante entre le Maroc et les Iles Canaries et de la protéger contre les aléas politiques est d’imbriquer les intérêts économiques et commerciaux. Ce serait dommage que les efforts communs des uns et des autres se limitent à la seule lutte contre l’émigration clandestine en direction des Canaries.

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