Éditorial : Il n’ya pas que la tomate !

Le gouvernement planche depuis quelques mois sur un projet ambitieux d’annulation des dettes de quelque 100.000 petits agriculteurs marocains. Le dossier  est en cours d’étude par le conseil de surveillance de la CNCA. 
Mesure salutaire et populaire s’il en est que les intéressés attendent depuis longtemps, car ils sont pour la plupart incapables de payer. Insolvables.  Les années de sécheresse qu’a connues le Maroc au cours des deux dernières décennies ont durement éprouvé ces fellahs qui n’ont aujourd’hui plus rien. Pour survivre, ils ont dû pour la majorité vendre les petits lopins de terre qu’ils possédaient. La précarité totale. Le gouvernement en est conscient, il a décidé finalement d’offrir une bouffée d’oxygène à ces gens-là et pouvoir en même temps poursuivre la politique d’assainissement des comptes du Crédit Agricole qui était, il y a quelques années, au cœur d’un grand scandale politico-financier.
En fait, au-delà de ce cadeau qui profite enfin à des catégories modestes, c’est toute l’agriculture marocaine, sujet d’inquiétude pour les pouvoirs publics, qui a besoin d’être restructurée à la lumière des nouveaux défis charriés par la mondialisation, y compris pour les produits agricoles. Pour un pays dont l’économie est essentiellement basée sur ce secteur d’activité, qui représente entre 20 et 25% du PIB, il est capital, sachant qu’il n’y a pas que la tomate, de renforcer sa compétitivité en développant de nouvelles niches comme les produits bio, par exemple, susceptibles de conquérir les marchés extérieurs. Dans ce sens, il est d’abord urgent de rattraper le temps perdu sur deux programmes de taille : l’équipement de 136.000 hectares des terres agricoles de la région de Ouazzane qui ne profitent nullement des eaux du barrage Al Wahda et la réalisation, au plus vite, du plan oléicole qui concerne près d’un million d’hectares.
En l’état actuel des choses, le PIB marocain perd des points précieux à cause de ce retard. Autre programme à réussir, la cession des terres de la Sodea-Sogeta. Si les investisseurs étrangers devaient s’installer sur ce créneau, il serait plus profitable pour le pays que leurs projets créent une valeur ajoutée pour le secteur agro-alimentaire où le Maroc a beaucoup d’efforts à consentir et un label à acquérir. S’il est un cas édifiant, c’est bien celui des jus, notamment de l’orange : les rayons des supermarchés sont envahis de produits européens depuis que l’unique entreprise du secteur est en faillite. Pour un pays agricole réputé pour la qualité de son navel, cette situation ne doit pas être acceptable. Elle est même scandaleuse. Certes, le Maroc a fait le choix du libéralisme et de l’ouverture économique, mais il est des secteurs où le Royaume est obligé de se défendre face à une concurrence étrangère de plus en plus féroce. Aux opérateurs industriels concernés de se mettre à niveau pour trouver une petite place dans la jungle de la mondialisation.  

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