Éditorial : « In-cha-Allah »

La crise diplomatique entre le Maroc et l’Espagne n’est désormais qu’un mauvais souvenir. La rencontre entre le Premier ministre marocain et le président du gouvernement espagnol à Tolède a été l’occasion pour les deux responsables d’annoncer officiellement la fin d’une crise qui a duré presque deux ans.
L’accolade amicale entre José Maria Aznar et Driss Jettou devant les journalistes venus couvrir cet événement a été très significative. Ce geste a été interprété comme la véritable annonce d’une nouvelle époque dans les relations maroco-espagnoles. C’était comme si les deux responsables voulaient annoncer que désormais les différends entre les deux pays seront réglés dans une approche plus amicale que conflictuelle.
Ainsi, si entre Rabat et Madrid, les problèmes bilatéraux étaient affrontés d’une manière politiquement agressive et dans une sorte de confrontation géostratégique, il est temps que cette situation cède la place à une nouvelle manière d’aborder les conflits.
Se placer dans un même camp pour affronter ensemble tous les obstacles freinant le développement des relations bilatérales est la meilleure stratégie que les deux voisins puissent adopter. Car, il est normal que deux pays que la Géographie a condamnés au voisinage et que l’Histoire a marqué par des conflits cycliques aient des divergences politiques et des ambitions stratégiques concurrentes. Mais, il n’est pas concevable, au début du XXIe siècle, que ces problèmes soient à l’origine de crises politiques comme celle que les deux pays ont vécu l’année dernière et qui a failli prendre une dimension militaire.
D’ailleurs, si la rencontre de Tolède a réussi, c’est parce qu’elle a permis aux deux chefs du gouvernement d’adopter cette nouvelle approche au moment d’aborder leurs différends. Ce qui ne signifie guère qu’elle a réussi à faire tourner la page et à solutionner tous les problèmes bilatéraux. Certes,
les négociations seront plus faciles, mais les dossiers sont toujours là à attendre que les deux gouvernements puissent s’armer de courage et de bonne volonté afin de les résoudre.
L’expérience a démontré que le véritable ennemi des deux pays a été leur laxisme au moment d’aborder les grands dossiers. Depuis l’indépendance et durant les cinq dernières décennies, les deux pays avaient réussi à camoufler leurs malaises et leurs méfiances l’un envers l’autre et à "cohabiter" en évitant de se pencher réellement sur leurs différends préférant les ajourner.
Sahara, frontières maritimes, immigration légale et illégale et terrorisme sont aujourd’hui des dossiers auxquels Rabat et Madrid devront consacrer leurs efforts afin de tourner réellement la page de la crise et de regarder vers l’avenir avec optimisme et confiance.
On ne le dira jamais mieux que José Maria Aznar qui a préféré répondre à une question des journalistes sur si le Maroc et l’Espagne allaient commencer une nouvelle phase par l’expression arabe : "In-cha-Allah".

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