Éditorial : Interférences

Les informations concernant un certain climat tendu entre Mohamed El Gahs, secrétaire d’État à la Jeunesse et le ministre auquel il est rattaché, Habib Malki, en charge du département de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, va bien au-delà d’une querelle de personnes ou d’une banale gourmandise de pouvoir. Ce dont il s’agit en premier lieu c’est de savoir dans quelle mesure la volonté du départ, telle que proclamée par le Premier ministre et telle que traduite par l’architecture du gouvernement, de faire du département de la jeunesse un pôle de développement significatif, est concrétisée en termes d’aménagements administratifs et d’organisation des circuits de prise de décision, en la matière.
La prise de conscience de l’importance de la jeunesse et de l’urgence qu’il y a à prendre à bras le corps les nombreux problèmes structurels qui la concernent a amené le nouvel exécutif à décider de consacrer au secteur un département ministériel et de nommer à sa tête un secrétaire d’État en la personne d’un jeune cadre, reconnu pour ses multiples compétences, sa passion, son militantisme et sa capacité à apporter une nouvelle sensibilité, un nouveau souffle à la réflexion et à l’action au profit de la jeunesse, en butte à mille maux.
Rattacher ce nouveau département au pôle de l’Éducation nationale, dirigé par un homme à la longue expérience politique et au palmarès très fourni en termes de fonctions et de responsabilités, à tous les niveaux, devait donner rapidement corps à cette ambition et à cette volonté. D’autant plus que le titulaire du ministère, Habib Malki, a eu le mérite de piloter, pendant des années, ce précieux laboratoire d’idées et de réflexions qu’a été le Conseil national de la jeunesse et de l’avenir (CNJA), dont les fonctions et les prérogatives n’ont malheureusement pas encore été prises en charge par le Conseil économique et social en instance de création. Des responsabilités et des antécédents qui devraient constituer des atouts et des leviers pour donner un véritable élan et une visibilité réelle au jeune département.
Or, contrairement aux autres nouveaux départements dont la création répond à des motivations similaires, celui de la jeunesse demeure encore flou et peu opérationnel. Ses prérogatives, son champ d’action, ses moyens, ses espaces d’épanouissement restent très abstraits. La volonté de dégager la thématique de la jeunesse de la mainmise de celle des sports, qui a toujours prévalu lorsque les deux faisaient partie du même département, est en train d’être neutralisée par la reproduction de ce même schéma, toujours aux dépens de la jeunesse, au profit cette fois-ci de l’éducation nationale, ou de son titulaire.
Certains diront que ce n’est pas si grave que ça et que, de toutes les manières, on reste dans un espace d’intérêt qui concerne essentiellement la population juvénile en fin de compte. C’est là une forme de généralisation abusive et une lapalissade qui ne rend certainement pas compte de certaines réalités devenues pressantes. Au nombre de celles-ci, la nécessité de prendre en charge une foultitude de problèmes qui concernent spécifiquement la vie des jeunes, en dehors des établissements scolaires. La vie de quartier, la vie citoyenne, la vie sociale, le droit à la culture, aux loisirs, à l’épanouissement, en un mot, méritent largement une innovation dans l’approche et une meilleure organisation au niveau de la structure ministérielle appelée à donner du sens et de la syntaxe à ces préoccupations.

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