Éditorial : Jurisprudence

Explicite et révelateur. Le texte du communiqué du Cabinet royal qui annonce la nomination par Sa Majesté le roi de M’hammed Boucetta à la tête de la commission consultative royale chargée de la révision de la Moudawana, l’est à maints égards. Son contenu est très précis, circonscrit et suffisamment développé pour aborder avec une tonalité moderniste le code de la famille dans ses multiples volets.
Le référentiel d’Ijtihad , la notion de la générosité et de la tolérance dans l’Islam et l’ancrage aux droits de l’homme universellement reconnus, ne sont aucunement antinomiques. Bien au contraire, ils sont complémentaires dans le cas de la Moudawana si leur conjugaison avec l’évolution du temps et des transformations de la société marocaine, s’effectuent au présent de l’indicatif et non pas à l’imparfait… Le Souverain, en sa qualité d’Amir Al Mouaminine, réitère son attachement à l’égalité, l’équité et l’entraide au sein de la famille.
L’appel royal au « maximum d’Ijtihad » conforte la pérennité des valeurs de l’Islam qui s’adaptent à tout temps, et en tout lieu. D’ailleurs l’islam n’a jamais été une religion figée depuis l’époque du prophète Sidna Mohammed dont les hadiths faisaient et font toujours foi comme un Ijtihad qui complète les prescriptions du Coran. D’où la Sunna. Et au fil du temps l’apparition des rites malékites, Chaffiite, Hanafite et Hanbali dont la valeur jurisprudentielle n’a jamais été contestée. C’est dire que la réforme du statut de la femme doit sortir de ce carcan dans lequel une minorité veut l’enfermer, sans pour autant que cet Ijtihad soit considéré comme une déviation à la religion. D’où la nécessité d’accélérer les travaux de la Commission royale à laquelle le Souverain vient de donner un nouveau sang en nommant M’hammed Boucetta à sa tête. L’homme politique et le juriste attitré est très rompu a l’exercice difficile des négociations depuis les accords d’Aix-les-Bains de 1955. Il est très respecté et est en mesure d’accomplir sa mission avec l’aide des jurisconsultes pour arriver à un consensus entre les modernistes et les traditionalistes.
Quand on sait que ce vieux routier de la politique appartient au parti de l’Istiqlal, défenseur acharné de l’Islam, personne ne pourra le taxer ni de libertinage, ni d’orthodoxie religieuse. Encore faut-il rappeler que le blocage qui a caractérisé ce projet depuis le fameux plan d’intégration, n’a pas raison d’être si la loi de la majorité avait prévalu. Il est regrettable que le gouvernement Youssoufi ne soit pas allé jusqu’au bout de la logique démocratique en soumettant ce projet au Parlement.
À l’époque, la configuration de la Chambre des représentants prédestinait la réforme du code de la famille à une approbation acquise d’avance. Mais l’inexpérience et la nonchalance ont fait que le débat est sorti dans la rue pour qu’il prenne une dimension disproportionnée par rapport à la dominante politique de l’époque. La démocratie a cédé devant le fondamentalisme politique.

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