Éditorial : La congrégation

Éditorial : La congrégation

Le démantèlement par les services de sécurité du tentaculaire réseau mafieux de Tétouan révèle la tendance de plus en plus flagrante des circuits mafieux au nord du Royaume à s’organiser et à se restructurer. L’opération policière menée contre l’organisation de Mounir Erramach a donc permis d’avorter un processus de « mise à niveau » du trafic de drogue qui était en cours dans la région du détroit. Armes, moyens sophistiqués de télécommunications, zodiacs super-puissants et infiltration des différents services de sécurité locaux sont les éléments essentiels pour accéder au stade supérieur dans le monde du crime organisé. D’ailleurs, ce sont ces conditions qui, une fois réunies, permettent au dirigeant de l’organisation mafieuse de pouvoir négocier avec ses homologues de l’autre rive du Détroit. Ces derniers, affirme-t-on de source sécuritaire européenne, exigent des trafiquants marocains qu’ils s’organisent en bandes criminelles structurées. Et, tant les services de sécurité marocains qu’espagnols, qui collaborent étroitement dans la lutte contre le trafic de stupéfiants entre les deux pays, sont conscients de l’existence d’une coopération des mafias espagnoles avec leurs homologues marocaines dans le sens de la restructuration des bandes locales. Il est donc impératif que la vigilance de tous les corps de sécurité s’intensifie et que des cellules spécialisées soient créées pour lutter contre cette tendance à « la modernisation » du crime tant qu’elle est à son état embryonnaire. D’ailleurs, il ne faut pas oublier que dans la région du nord, l’on assiste à un développement simultané de plusieurs activités criminelles. Trafic de drogue, contrebande, immigration clandestine et intégrisme structuré sont des activités illicites qui se développent en dépendance l’une de l’autre. Car, et c’est là une règle élémentaire dans le monde de la lutte contre le crime, le développement d’une activité criminelle organisée ayant des ramifications au sein des services de sécurité entraîne toujours un développement d’autres filières opérant dans des domaines différents. Et l’ensemble de ces filières finissent par établir des connexions entre elles. Une fois ces liens établis, les choses évoluent certainement par la création d’une plate-forme où les concernés s’unissent pour défendre les intérêts des uns et des autres. C’est ce que l’on appelle « une congrégation ». Car, n’étant pas une organisation criminelle en soi puisqu’elle regroupe différents centres d’intérêt, elle permet à tous de se concerter et de s’aider mutuellement. Les relations existant entre les filières de la contrebande et les réseaux intégristes, pour ne citer qu’un exemple parmi d’autres, sont d’une grande flagrance dans les régions avoisinantes des deux villes occupées de Sebta et Melillia où la majorité des contrebandiers, du grand patron au simple exécutant, sont des intégristes. Une approche globale en matière de sécurité est donc nécessaire pour faire face à cette tendance à l’organisation du crime, toutes branches confondues.

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