Éditorial : la force de la loi

Qu’un ministre de la Justice tienne une conférence de presse pour annoncer que des magistrats, des gradés de la police sont arrêtés et poursuivis en justice pour corruption, est un évènement à la fois réconfortant et inquiétant. Réconfortant parce que c’est la première fois dans les annales judiciaires de notre pays que des agents d’autorité de haut rang sont épinglés pour des délits comme n’importe quel citoyens. Car, à part le tristement célèbre commissaire Tabit, les agents d’autorité, tous corps confondus, bénéficiaient d’une immunité systématique qui protégeait leurs multiples abus. Inquiétant quand on sait que la gangrène de la corruption aussi aggravée que celle de Tetouan ait touché des appareils aussi sensibles de l’Etat comme la justice et la police. Au détriment de la loi, de la justice et d’une équité sociale qui ont semé la misère et engendré d’énormes disparités sociales. L’extrémisme n’est pas loin quand l’ostentatoire illicite pavoise avec une illégitimité arrogante d’un abus de pouvoir manifeste devant un total dénuement d’une majorité de la population. Cet étalage de force financière et autoritaire est d’autant plus grave qu’elle est édifiée sur le blanchiment d’argent de narcotrafiquants et autres contrebandiers. C’est pour cela que les citoyens ont accueilli cette grande prise avec stupéfaction mais aussi et surtout avec satisfaction puisqu’elle combat l’impunité aussi bien des barons de la drogue que des barons de l’abus de pouvoir. La détermination du ministre de la Justice, Mohamed Bouzoubaâ, à en finir avec l’impunité dénote un courage politique et une maîtrise de métier exceptionnels. L’avocat n’a pas peur d’appliquer la loi à tout bout de champ sans tenir compte du statut de la personne incriminée. La corruption, qu’elle soit active ou passive, est désormais dans le collimateur de la loi y compris pour ceux qui sont censés l’appliquer, comme les magistrats. On est loin aujourd’hui des effets d’annonce qui sanctionnait des gendarmes et des agents de police pour un pot-de-vin de 10 dirhams. Cette campagne ne trompait personne quand on sait que des milliards ont été engloutis dans des banques comme le CIH, la CNCA et la BP. Maintenant que Erramach a jeté en pâture ses protecteurs, il ne faut s’arrêter à un niveau quelconque quand d’autres personnalités sont impliquées dans cette gigantesque affaire. Personne ne doit échapper à la justice qu’ils soient magistrats, commissaires, gendarmes ou militaires. Tout comme ces fonctionnaires de l’administration qui sévissent dans les villes en se reconvertissant en milliardaires avec des salaires dérisoires de 3000 dirhams. Ils sont légion ces ingénieurs, inspecteurs des Finances, ou fonctionnaires de communes qui ont bâti des fortunes sur la corruption. Il est aberrant qu’ils continuent à afficher ostentatoirement leur méfaits sans qu’ils soient inquiétés par la justice. L’impunité étant la pire des injustices, il est clair que si l’Etat ne s’attaque pas à ces suceurs de sang, la crise sociale que nous vivons ira s’aggravant.

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