Éditorial : La gagne

La Tunisie a remporté la Coupe d’Afrique des nations. C’est un fait. Qui s’est joué sur des données subjectives. Samedi après-midi, ce sont les Aigles de Carthage qui le désiraient le plus, ce trophée. Ce jour-là, ils étaient les plus forts. Et pour ce, ils ont pris à la gorge des Lions de l’Atlas qui n’arrivaient pas à entrer dans le match. Poussés par un public fabuleux, jouant devant le président de la République et aidés un tant soit peu par un arbitre sénégalais au mieux laxiste, les hommes du Français Roger Lemerre se sont transcendés, usant et abusant de tous les artifices pour que cette Coupe reste en terre tunisienne. Il ne pouvait en être autrement. Les dégagements à l’emporte-pièce, les tirages de maillots et les nombreux joueurs tunisiens «blessés à mort» -et jouant la montre – en sont la preuve concrète. Tout cela ne saurait remettre en cause la victoire tunisienne.
Face à cela, nous avons vu des Lions de l’Atlas quelque peu émoussés par les dures batailles qu’ils ont dû livrer avant de parvenir en finale. Et le but encaissé d’entrée de jeu n’était pas pour arranger leurs affaires, ni les mettre en confiance. Mais, passés les premiers moments de déception, les joueurs de l’équipe nationale, et le Maroc dans sa totalité, ont compris que les hommes de Zaki venaient de réaliser quelque chose de grandiose. Ces joueurs et cet entraîneur décriés par certains pseudo-analystes de la chose footbalistique, avaient frappé un grand coup, qui ne devait rien au hasard. Tous les connaisseurs le confirmeront.
Le travail et le sérieux, mais aussi la patience et la retenue du coach national avaient fini par avoir raisons des noires prophéties des Cassandres de tout bord. Chiffres à l’appui, le Maroc est l’équipe possédant les meilleures attaque et défense du tournoi continental (14 buts pour et 4 contre). Et puis, finir devant des équipes aussi prestigieuses que le Nigeria (ravi de sa troisième place), le Mali, ou encore le Cameroun et le Sénégal, n’est pas à la portée du premier venu. C’est une prouesse dont les contours ont commencé à se dessiner dès la victoire sur le Nigeria. Vinrent ensuite le Bénin et l’Afrique du Sud. Le cap de l’Algérie dépassé, l’appétit venait en mangeant. Et, pour rester dans ce registre, les Lions ne firent qu’une bouchée des Aigles maliens. Les Marocains se présentaient donc en super-favoris en finale devant les Tunisiens. Les premiers se devaient de gagner et les seconds ne pouvaient pas perdre.
C’est là toute la complexité de l’équation que se devaient de résoudre Zaki, Lemerre et leurs troupes respectives. Comme tout le monde a pu le voir, ce sont les Tunisiens qui l’ont emporté. Et ils méritent nos félicitations. Mais personne ne s’y est trompé, et encore moins les populations marocaines descendues manifester leur joie et leur fierté : le Maroc vient de gagner une équipe et un sélectionneur dignes de ce nom. Et qui ont la gagne. Cela, personne ne pourra plus le contester.

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