Éditorial : La guerre du ciel

Éditorial : La guerre du ciel

Un accord global aérien "Open Sky" (Ciel ouvert), portant  sur la libéralisation réciproque des marchés aériens du Maroc et de l’Union européenne, a été récemment paraphé à Marrakech. Les officiels marocains, le ministre du Transport en tête, et les experts européens du secteur, ont dit les avantages d’un tel accord notamment pour le tourisme national dans la perspective de 2010, laissant entendre que le Royaume verra ses flux touristiques augmenter de manière conséquente. Ce qui reste à vérifier. Cependant, les responsables de la RAM n’ont pas donné libre cours à leur satisfaction. Ils ont accueilli cette ouverture du ciel avec une réserve manifeste, somme toute compréhensible. En effet, la RAM, dont le modèle économique de compagnie régulière est de moins en moins viable à cause du sureffectif et des lourdes charges de fonctionnement qui sont les siennes, a-t-elle les moyens de concurrencer chez eux  des transporteurs européens offrant de plus en plus des vols à bas coût ? La RAM avec sa flotille de moins de 30 avions contre une multitude de grandes compagnies issues des 25 États de l’UE ! Le déséquilibre, immense, est évident. Les pouvoirs publics marocains, se sachant condamnés à signer l’Open Sky dont ils ont repoussé l’échéance à plusieurs reprises, auraient été mieux inspirés s’ils avaient préparé cette libéralisation en encourageant l’émergence de petites compagnies nationales charters capables de rivaliser avec leurs homologues européennes. Malheureusement, cela n’a pas été fait. La seule tentative sérieuse, du nom de Mondair, a été accueillie localement dès son apparition avec  beaucoup de “bâtons dans les ailes“. Ce qui a conduit ses promoteurs, exaspérés, à se résoudre à mettre la clé sous la porte.
Une politique aérienne, claire et cohérente, le Maroc n’en a jamais eue. Et il risque fortement de payer cher cette imprévoyance même si l’Open Sky arrange quelque part les affaires des passagers qui peuvent désormais se rendre en Europe à des tarifs plus intéressants que ceux pratiqués actuellement par la RAM. Mais combien de Marocains se permettent de voyager par avion ? Par contre, la RAM aura fort à faire pour survivre dans un ciel livré ainsi à une compétition ouverte et sans merci et protéger par conséquent ses milliers de postes d’emploi.  D’ailleurs, la création d’Atlas Blue par le président Mohamed Berrada qu’il considère comme le modèle aérien par excellence est une manière d’anticiper sur les difficultés à venir de la compagnie traditionnelle.     
Certains experts de la chose aérienne trouvent que la Royal Air Maroc a malgré tout un avenir sur le créneau de la qualité et de la sécurité. Consciente des défis qui l’attendent, la RAM a d’ores et déjà mis le paquet sur l’Afrique avec 70 fréquences par semaine. C’est dans le continent noir, encore sous desservi, que le transporteur national peut certainement déployer ses ailes. 

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