Éditorial : La troïka islamiste

Une polémique oppose le PJD et l’USFP à travers son député Fatima Belmoudden, qui a publié, dimanche 26 décembre, une contribution dans le journal arabophone du parti où elle accuse les islamistes d’être actuellement des marchands des revendications du personnel de l’enseignement après l’avoir été, avant la promulgation de la Moudawana, avec la cause féminine. La réaction des mis en cause ne s’est pas fait attendre : long article publié par l’organe de presse du PJD “ Attajdid“ du 29 décembre sous le titre : “ La députée de l’USFP ouvre une bataille avec le PJD“.
Ce n’est pas la première fois que les deux formations politiques s’étripent par presse interposée : l’une réputée progressiste et démocratique et l’autre fondée sur la religion islamique se détestent et elles le font savoir. Se considérant dépositaire d’un héritage non négligeable de militance depuis les années 60 qui a abouti aux réformes politiques actuelles, l’USFP sent qu’elle est en train de perdre cet ascendant légitime au profit des islamistes qui ne ratent aucune occasion pour lui manger la laine sur le dos. Ceci est un fait, le PJD, grâce à sa performance électorale, joue parfaitement son rôle de force d’opposition qui était celui de l’USFP avant que l’alternance de 1998 ne le mène au pouvoir.
En outre, le PJD, chose qu’aucun parti classique n’a pu faire, quadrille la société marocaine grâce à un tissu associatif de proximité et discret, géré par le Mouvement unicité et réforme (MUR). Last but not least, la formation de Saâd Eddine Al Othmani vient récemment de se doter d’un syndicat baptisé, Union nationale des travailleurs du Maroc (UNTM) qui a déjà réussi à s’implanter dans deux secteurs importants, la santé et l’enseignement. Pour une centrale récente, c’est là une autre performance non négligeable.
Normalement, l’UMT, syndicat à la légitimité historique incontestable, doit s’inquiéter de l’incursion du PJD dans son champ. Une situation nouvelle propre à interroger profondément l’organisation de Mahjoub Benseddik qui pour le moment ne réagit pas contrairement à l’USFP.
Ce n’est pas la guéguerre UMT-UGTM ou UMT-CDT, l’avènement du PJD sur le front social est une affaire sérieuse qui engage et préfigure l’avenir du syndicalisme au Maroc. C’est naturellement que l’USFP se sente de plus en plus à l’étroit face au rouleau compresseur des amis de Mohamed Ramid qui savent surfer, avec force démagogie, sur toutes les questions qui agitent la nation marocaine. C’est cela le fond de la bagarre entre les deux Pôles. Quant à l’istiqlal, autre principale force du paysage, il compte les points tout en flirtant avec les islamistes dans la perspective d’une alliance pour la formation éventuelle d’un gouvernement d’islamo-conservateurs.
En résumé, les islamistes légalisés, qui chassent sur toutes les terres, marchent sur trois pieds, la politique (PJD), l’associatif (Mur) et le syndical (UNTM). Les membres de ce triumvirat se complètent dans leur action, travaillant tous pour le même objectif : prendre le pouvoir.

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