Éditorial : L’angoisse de la rentrée

Plus de six millions d’élèves rejoignent leurs classes cette année dont plus de six cent mille nouveaux inscrits. Un chiffre qui montre, à lui seul, l’importance de cet événement annuel que constitue la rentrée scolaire. En effet, le retour aux classes, qui commence aujourd’hui pour les écoles privées et le 16 septembre pour les établissements publics, est un événement qui revêt une dimension socioéconomique extraordinaire.
La rentrée scolaire est un rendez-vous annuel très attendu par l’industrie papetière dont le chiffre d’affaires créé à cette occasion dépasse largement celui du reste de l’année. Idem pour le secteur de l’édition qui, sans le marché du livre scolaire, n’aurait jamais pu survivre, étant donné le faible taux de ventes des livres dans notre pays. La rentrée scolaire crée aussi des centaines, voire des milliers de postes d’emploi temporaires. L’augmentation extraordinaire de la demande dans un intervalle de temps qui ne dépasse pas deux semaines oblige les patrons des librairies et des papeteries à recourir au recrutement d’adjoints. Sans oublier toutes les personnes qui s’adonnent occasionnellement au commerce des fournitures scolaires. Pour profiter de l’occasion, tout est possible : s’installer dans un garage, devant la porte de chez-soi ou exposer sa marchandise sur un trottoir. D’ailleurs, dans certains quartiers, l’étalage des fournitures scolaires a lieu même sur la chaussée.
Mais au-delà de cet aspect général, la rentrée scolaire a surtout une dimension individuelle que l’on a tendance à oublier. En fait, il s’agit surtout de ses effets financiers sur le budget des familles. Sachant que le budget moyen nécessaire à l’équipement d’un élève du primaire en fournitures scolaires est de l’ordre de 500 DH, l’on peut facilement imaginer le poids de la facture scolaire sur le budget d’une famille nombreuse.
Ainsi, un père de famille ayant à sa charge trois enfants, par exemple, doit débourser au minimum 1500 Dhs en fournitures scolaires. Rajoutant le montant nécessaire à l’achat de vêtements neufs pour l’occasion, la facture acquiert une dimension cauchemardesque pour les parents.
Mais cette souffrance des parents ne semble pourtant pas préoccuper ceux qui décident en matière de livres scolaires. Car dire que l’on doit obliger les élèves à écrire dans un livre scolaire avec un stylo au lieu d’utiliser un crayon est un acte qui relève de l’intérêt économique et qui n’a rien à voir avec la pédagogie et dont le but est d’empêcher une réutilisation dudit livre.
Or, si le but est de favoriser la généralisation de la scolarisation et d’encourager les parents, quelle que soit leur situation sociale, à prolonger au maximum les études de leurs enfants, la logique voudrait que l’on rende la rentrée moins angoissante.
Ainsi, ceux ou celles qui ont la charge de décider dans le domaine de la scolarité devraient abandonner la vision globalisante qui ne voit dans la rentrée que des chiffres et des statistiques et commencer à raisonner à travers le regard d’un père de famille, qui affronte la rentrée scolaire de ses enfants. Vu sous cet angle, le problème de la généralisation de la scolarisation sera certainement plus facile à aborder.

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