Éditorial : L’avenir de la police

C’est un fait qui mérite d’être salué. Les cadres de la police nationale se sont réunis en séminaire ce week-end à Marrakech. En effet, c’est la première fois que cette institution discute en interne de ses problèmes. À l’ordre du jour, la situation de ce corps de sécurité et les réformes à mettre en oeuvre pour en faire un vrai secteur stratégique de l’État avec des moyens conséquents et des objectifs clairs. Tout un programme.
Le constat n’est pas brillant. Il est même négatif. Entre le sentiment de faire un travail ingrat et l’absence de perspectives d’avenir, les hommes en uniforme vivent un véritable malaise qui remonte à plusieurs décennies. Le directeur général de la DGSN Hamidou Laânigri en est conscient qui depuis sa nomination à la tête de cette direction en juillet 2003 se penche sur la mission difficile de la modernisation de la sûreté.
Les témoignages faits récemment par les victimes des années de plomb ne sont certainement pas étrangers à la réflexion menée actuellement dans les sphères de l’appareil de sécurité.
Il faut reconnaître que la mise à niveau de la police n’est pas une mince affaire, cette institution étant rongée par de nombreux problèmes qui ont longtemps retardé son fonctionnement selon des normes de performance et d’efficacité. Le système Basri est passé aussi par là, accordant très peu d’intérêt, peut-être de manière délibérée, aux revendications légitimes de la police pour qu’elle devienne un vrai corps qui fait tout simplement son travail dans la responsabilité et la dignité. C’est le contraire qui s’est produit. Formation boiteuse, motivation inexistante, moyens insuffisants et rendement médiocre, ces quatre réalités, étant liées par ailleurs, ont conduit au fil du temps à une police malade, presque résignée et décriée par tous. Les derniers scandales où ont été impliqués des hauts cadres de la police se sont ajoutés pour éclabousser encore plus ce service de sécurité et casser son moral déjà au plus mal.
En fait, la sûreté au Maroc a besoin d’une véritable action de reconstruction pour qu’elle puisse accompagner les exigences de l’Etat de droit. Reconstruction d’image d’abord auprès du citoyen avec un nouvel uniforme pour rompre avec celle du policier du passé. Reconstruction des carrières ensuite sur la base de critères de mérite et de compétence avec une possibilité d’évolution tout en révisant le cursus de formation et les conditions de sélection. Reconstruction en fin de la confiance du policier dans son action quotidienne au service de l’ordre de telle sorte qu’il sente appartenir à un corps fort et solidaire. Une police moderne, requinquée et réconciliée avec elle-même est affaire de budget maintenant que la volonté réformatrice existe. Les besoins sont chiffrables. Reste à élaborer et à voter une loi-cadre à moyen-terme qui permettra à la police de prendre son destin en main et de réaliser les objectifs qu’elle se sera fixés. Dans ce sens, il convient aussi de la doter d’un syndicat qui soit un interlocuteur des pouvoirs publics pour que la police puisse défendre ses intérêts au même titre que les autres composantes de la fonction publique.
En effet, il n’est pas normal, sous prétexte que la police est un corps armé, que cette catégorie soit exclue d’un recours important pour l’amélioration des conditions de l’exercice de son travail.

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