Éditorial : Le blues des politiques

Tous comptes faits, le cabinet Jettou II n’aura servi qu’à créer une situation de crise dans un parti important de la majorité gouvernementale. Le RNI, son président et ses militants, n’avaient pas besoin de cela.
Plutôt que de les malmener en leur faisant sentir qu’ils sont inutiles, les partis au Maroc, nonobstant leurs tares et leurs insuffisances, sont en droit d’attendre un meilleur traitement. Il est salutaire de les aider à se réorganiser en s’adaptant au nouveau contexte du pays. C’est une démarche saine qui représente aussi un pari sur l’avenir. Car une nation qui aspire à la démocratie ne saurait se construire sans partis réels et solides.
Le Maroc ancien a produit, à de très rares exceptions près, des structures partisanes formatées pour exécuter des instructions et non pour être autonomes tout en donnant l’impression qu’elles sont entreprenantes. En un mot, on ne leur demandait pas de penser, leurs géniteurs pensaient à leur place. Ce paysage politique, docile et dirigé, tout le monde s’en est accommodé, l’Etat et les intéressés. Il a joué son rôle en fournissant des gouvernements à volonté et des ministres à-tire-larigot. Or, cette classe-politique-là est parue naturellement décalée dès l’avènement du Maroc nouveau, qui ne ressemble guère au précédent ni dans le mode de gouvernance ni dans la manière de fonctionner. Question de génération et de contexte.
Du coup, les partis en question ont le sentiment de faire partie d’un lourd héritage bon à être mis au rebut. Dépassés, indésirables et livrés à eux-mêmes. Il est difficile d’être du jour au lendemain un vrai parti après avoir été autre chose. Sauf à considérer qu’ils n’ont pas leur place dans le Maroc actuel, il est grand temps de réfléchir au meilleur moyen de les mettre à niveau pour qu’ils deviennent ce qu’ils n’ont jamais été.
L’espoir réside peut-être dans la nouvelle loi sur les partis politiques qui tarde cependant à voir le jour. Par une démarche volontariste (étant entendu que les parlementaires seraient tentés de voter une loi a minima) celle-ci est de nature à contribuer à leur restructuration selon un cahier des charges précis et ambitieux qui engagerait l’ensemble de la classe politique.
Continuer à coopter des gens de l’extérieur pour en faire des ministres fraîchement partisans ou SAP sous prétexte qu’ils sont exceptionnellement compétents est un procédé pour le moins facile qui revient à remuer le couteau dans la plaie des partis. Le bon sens politique et démocratique commanderait une autre façon de faire : pousser les éléments valables du monde des affaires ou de la société civile à s’engager politiquement dans le cadre d’une opération de réhabilitation de l’action politique. Pour le moment, c’est le contraire qui se produit. Faire appel à des technocrates pour leur confier des portefeuilles ministériels ou des postes dans la haute administration signifie que la militance politique, qu’elle soit locale ou nationale comme moyen naturel d’accès aux responsabilités publiques est une perte de temps. Les cadres du RNI sont actuellement dans cet état d’esprit.

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