Éditorial : Le droit de savoir

Par sa sortie publique du lundi 5 avril, Ahmed Midaoui a remis au goût de l’actualité la Cour des Comptes dont il est président depuis février 2003. Il a annoncé au cours de sa conférence de presse l’installation de neuf Cours régionales des Comptes (CRC) dans différentes villes du Royaume. Un projet qui a pris un retard de plusieurs années.
Il va sans dire que cette institution représente un dispositif-clé dans l’édifice des pays soucieux de la bonne gestion des finances publiques. Au Maroc, sous la houlette de son ex-patron Abdessadek Glaoui, elle a manqué de panache, sclérosée qu’elle était, communiquant peu pour ne pas dire jamais. Ce fut une époque où l’opacité financière tenait lieu de règle. Avec le nouveau locataire du bâtiment de la rue Atout à Hay Riad, inspecteur des finances de métier, on se prend à espérer que la Cour des Comptes, avec ses antennes régionales, va jouer pleinement son rôle et exercer efficacement ses prérogatives consistant à veiller à la régularité des recettes et des dépenses contenues dans les comptabilités publiques. Il faut aussi et surtout, transparence oblige, que le Parlement avec ses deux Chambres, puisse recevoir copie du rapport annuel de cette Cour de telle sorte que les députés et les citoyens soient informés du travail des juges composant cette honorable institution.
On n’a jamais en effet pris connaissance des critiques éventuellement émises par les sages de la Cour de Comptes sur le budget de la nation ou leur appréciation de la politique adoptée par tel ou tel ministère. De même, on n’a jamais vu un rapport qui épingle la gestion d’un responsable gouvernemental.
Et pourtant, il y a assurément beaucoup à redire concernant le fonctionnement de nombre de départements ministériels en termes d’efficacité par rapport au budget qui leur est alloué et des fonds qu’ils gèrent. Les exemples ne manquent pas. Le même exercice vaut pour les organismes ou les services de l’État comme les établissements publics et les collectivités locales.
C’est cette confidentialité qui entoure habituellement les résultats des contrôles de la Cour des Comptes qui doit être levée pour que les citoyens soient au courant de la manière dont les deniers publics sont utilisés et les projets auquels ils sont affectés.
Les Cours régionales des Comptes, tout comme l’institution mère, ont beaucoup de pain sur la planche.
Le Maroc nouveau ne doit pas rester figé au stade de slogan. Il a besoin d’être accompagné d’une rigueur dans le contrôle de l’argent de l’État pour une meilleure rationalisation des dépenses et une réaffectation optimale des recettes.
Il ne suffit pas d’installer les présidents des CRC pour que la mission de ces dernières soit accomplie. Homme d’expérience, Ahmed Midaoui a l’obligation, non seulement de restructurer l’instance dont il a la charge selon des objectifs d’efficience et de rigueur, mais aussi de s’ouvrir sur son environnement, sauf à considérer que la Cour des Comptes est une institution dont les fruits de son action ne doivent concerner que certains cénacles réduits.

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