Éditorial : le Maroc entre deux feux

Éditorial : le Maroc entre deux feux

Le rapport d’enquête du ministère de l’Intérieur rendu public sur les événements tragiques de Sebta et Mellilia est une bonne initiative, nécessaire certes mais pas suffisante. Il aurait fallu plus. Non pas une commission d’enquête parlementaire comme le souhaitait l’ex-ministre marocain de l’Intérieur Driss Basri du reste signataire de l’accord très contestable entre le Maroc et l’Espagne sur le rapatriement des clandestins qui arrivent à entrer dans ce dernier pays. Il aurait fallu une commission d’enquête élargie où siégeraient outre des députés un certain nombre de personnalités indépendantes issues du monde des droits de l’Homme et de la société civile.
Signe de l’objectivité des conclusions du rapport de l’Intérieur, le Maroc a reconnu sa responsabilité dans la mort de six candidats subsahariens à l’émigration clandestine. Mais la presse étrangère n’a retenu, non sans mauvaise foi, que cet aveu qu’elle a monté en épingle comme une preuve établie par le pays concerné lui-même des “mauvais traitements“ réservés par ses autorités aux rêveurs africains de l’Eldorado. Justifier par la légitime défense le fait de tirer par balles sur ces derniers en tuant certains d’entre eux est quelque chose de difficilement acceptable. Ce qui est vrai, c’est que les candidats au départ, très désespérés, deviennent agressifs à l’encontre de ceux qui les empêchent constamment d’accéder à la terre de leurs rêves. Témoin la façon dénotant une rare violence avec laquelle les Subsahariens ont pris plusieurs fois d’assaut, quitte à y laisser la peau et à se blesser grièvement, la forteresse hérissée de barbelés les tenant à distance d’une Europe implantée au cœur de l’Afrique.  Et c’est là justement tout le problème du Royaume. Entre l’enclume de la pression espagnole de contenir les flux migratoires et le marteau d’une pression humaine grandissante et permanente, il est devenu à son corps défendant une interface très compliquée à gérer, source de beaucoup de problèmes et de tension. Pendant ce temps, l’Europe ne fait rien, campant sur une position esthétique et laissant son voisin du sud tout seul aux prises avec un phénomène de grande ampleur qu’il n’a pas les moyens de juguler. Une telle situation inconfortable où aucun pays n’aime se retrouver devait déboucher malheureusement sur des drames humains. Ce qui est sûr c’est que le Maroc n’a pas suffisamment insisté auprès de l’UE pour demander son soutien en termes de moyens financiers et surtout techniques destinés au contrôle de ses frontières terrestres avec l’Algérie.
L’Algérie ! Pays de transit des Subsahariens, il a longtemps adopté non sans arrières-pensées la politique du “laisser passer laisser faire“ sans que personne ne s’en émeuve. Comme si le calvaire du Maroc n’était pas suffisant, une certaine bien-pensance européenne cherchait à y installer des camps de transit pour mieux officialiser le rôle de gendarme de Rabat dans une tentative de lui refiler la patate chaude.        

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