Éditorial : Le message du président

Ahmed Osman est décidé à ne pas se départir de sa sérénité habituelle suite à l’avènement du cabinet Jettou II qui s’est fait pour le moins que l’on puisse dire au détriment de son parti en faisant appel à deux ministres comptabilisés sur le quota du parti alors qu’ils n’y ont jamais milité. C’est ce qui transparaît dans l’entretien qu’il nous a accordé où l’intéressé a révélé sa part de vérité sur ce qui est arrivé. Cela dit, on ne peut que souscrire au propos du président du RNI ( un propos cohérent et construit) lorsqu’il en appelle à la logique politique qui fait justement défaut au gouvernement actuel. Un gouvernement où les partis, à un moment où ils sont invités à opérer et à réussir leur restructuration, en sont réduits (pour combien de temps encore ?) à être des alibis pour un habillage technocratique dans une espèce de configuration qui manque de cohérence et de lisibilité.
Ce gouvernement ne respecte pas la primauté constitutionnelle, telle est la substance des déclarations de l’interviewé. C’est dit sans le dire tout en le disant. Ahmed Osman, qui reste un homme chevronné qui n’a dérogé à aucun moment de l’interview aux règles de la bienséance politique, a décoché néanmoins des messages précis en direction du Premier ministre et des dirigeants actuels de la vie politique nationale. Pour M. Osman, la solution réside dans le retour à un gouvernement d’extraction politique qui soit en phase avec le processus démocratique inauguré par l’alternance de 1998.
Cependant, d’un côté M. Osman soutient que son parti regorge de cadres ministrables, jeunes et compétents, et de l’autre il a accepté de coopter deux ministres en dehors du circuit du parti. La situation du RNI résume les contradictions de la classe politique marocaine qui a du mal à imposer ses choix et ses hommes. Le rassemblement en est à la fois, le modèle, l’exemple, le contre-exemple et parfois la victime. Le problème du Maroc aujourd’hui est de donner l’impression de pouvoir se construire sans partis politiques tout en glorifiant dans les discours officiels le processus démocratique que le pays a réussi à mettre sur les rails. Si ce n’est pas de la schizophrénie politique, cela y ressemble beaucoup. A y regarder de plus près, Ahmed Osman et ses troupes sont un peu la caricature de ce malaise qui enveloppe le paysage politique, de cette désaffection envers les partis, couplée d’une méfiance à l’égard de tout ce qui est partisan. C’est le lot actuel des composantes d’un champ qui a besoin d’une recomposition urgente pour ne pas courir le risque d’être jeté aux oubliettes.
C’est pour cette raison-là que le RNI et ses membres comme le demande M. Osman doivent privilégier la démarche de la mobilisation et de la réflexion au lieu de céder à la tentation facile de l’éclatement et de la surenchère. Ce serait se tirer une balle dans le pied et faire le jeu de ceux pour qui les partis ne sont que des coquilles vides bonnes à être bousculées.

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