Éditorial : Le nouveau combat de l’USFP

En homme politique chevronné, Mohamed Elyazghi sait aborder, quand il le veut, les questions d’actualité sensibles en envoyant des messages bien sentis aussi bien à ses détracteurs qu’à ses partenaires.
Dans l’entretien ci-contre qu’il nous a accordé, le patron de l’USFP remet, en effet, les pendules à l’heure dans un exercice de clarification de sa pensée, à quelques mois de la tenue du congrès du parti. S’il précise d’emblée qu’il n’est pas question de toucher à l’article 19 de la Constitution, il appelle en revanche à une reconsidération des relations entre les différents pouvoirs. Ce qui reste une revendication légitime tant qu’elle est censée améliorer le fonctionnement des institutions.
M. Elyazghi dépeint du reste un parti dont les membres travaillent loin de tout esprit de clanisme ou de sectarisme. Un parti donc qui, selon lui, travaille normalement. Et la tension, supposée ou réelle, qui caractériserait ses rapports avec Mohamed El Gahs et Abdelouahed Radi? M. Elyazghi balaie tout cela d’un revers de main, le qualifiant de “délire“. Tant mieux, le temps des querelles de personnes est révolu et l’heure doit être au débat d’idées dans un climat démocratique. Les partis qui se respectent fonctionnent ainsi.
Justement, l’USFP n’est pas un parti banal. Loin s’en faut. Avec son histoire riche en militance et en combats, elle est une formation dont le pays a grandement besoin pour faire pièce aux assauts obscurantistes qui visent la société marocaine. C’est une nouvelle lutte, autrement plus importante, que M. Elyazghi et ses amis peuvent mener sur ce front. Sans inscrire les choses dans une vision manichéenne, il est évident que l’USFP a un rôle à jouer pour encadrer de nouvelles générations de jeunes de plus en plus sensibles à des sirènes peu rassurantes.
Pour cela, le parti ne saurait faire l’économie d’un véritable aggiornamento sur le plan idéologique et politique. Il s’agit de savoir s’il est toujours aussi attrayant comme il l’était du temps de l’opposition et s’il est capable de se donner les moyens de recruter les compétences rétives à l’engagement partisan. Le bilan de santé de toute formation se mesure notamment au nombre de ses recrues et de son degré d’attraction dans le paysage. Faire de la politique politicienne en vase clos est devenu aujourd’hui inutile, voire contre-productif.
Or, le problème au Maroc c’est que, dès qu’un parti entre au gouvernement et commence à se coltiner la réalité du pouvoir, il perd de sa superbe et son discours devient subitement inaudible. Tout se passe comme si la gestion des affaires publiques était un piège pour décrédibiliser les partis et que la seule voix crédible était celle de l’opposition. C’est contre cette situation que des partis comme l’USFP sont tenus de se défendre en montrant leur capacité combative à partir de n’importe quelle position au lieu de se laisser complètement absorber par la routine de l’exercice du pouvoir.

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