Éditorial : Le péché originel

Le vendredi 12 mars, alors que les membres du gouvernement espagnol s’obstinaient, dans leurs déclarations à la presse, à attribuer les attentats de Madrid à l’organisation terroriste basque ETA, les responsables des services de sécurité de ce pays savaient pertinemment que la vérité était ailleurs, mais ils étaient incapables de dire la vérité tant que le pouvoir politique ne le permettait pas.
Au Sud du détroit de Gibraltar, au Maroc, les services de sécurité marocains savaient que ces attentats portaient une signature autre que celle de l’ETA. Cela fait une année qu’ils alertent leurs homologues du nord sur la présence sur le sol espagnol d’activistes marocains d’Al Qaïda qui auraient choisi de se réfugier en Espagne au lendemain des attentats du 16 mai à Casablanca. Une liste de 16 individus recherchés dans le cadre des enquêtes sur les réseaux de la Salafiya Jihadia aurait été communiquée aux services espagnols. Tous répertoriés et fichés avec tous les détails nécessaires au démarrage d’une grande opération de localisation et de détention ou de filature de ces individus par les services espagnols afin de découvrir les ramifications européennes de la filière marocaine d’Al Qaïda et les connexions possibles entre celle-ci et les dirigeants de l’organisation fondée par Oussama Ben Laden.
Mais, il n’en fut pas ainsi. Les services de sécurité espagnols ne donneront pas suite aux avertissements de leurs collègues marocains. Seules quelques détentions auront lieu comme celles de Abdelaziz Benyaïche et de Hicham Temsamani. Mais, les deux arrestations seraient dues à une pression faite par la DST française qui, alertée par les services d’Intelligence marocains sur l’emplacement exact de Temsamani à Tolède et celui de Benyaïche à Algéciras, ont poussé les Espagnols à réagir faisant usage de l’accord franco-espagnol de coopération dans la lutte antiterroriste. Toutefois, la justice espagnole refusera d’extrader les deux individus au Maroc et n’accédera à sa demande que le lendemain des attentats de Madrid.
Ce laxisme prémédité des services espagnols s’expliquerait, selon certains observateurs, par la volonté du gouvernement Populaire dirigé par José Maria Aznar de réduire la coopération entre les services marocains et espagnols alléguant l’incompatibilité entre de bonnes relations entre les services de sécurité et des relations diplomatiques conflictuelles.
Cela ne cadrait pas, disait le chef du gouvernement espagnol avec sa politique en matière de relations avec le Maroc. Preuve : il interdira à son nouveau directeur des services secrets (ancien ambassadeur à Rabat) de se rendre au Maroc. On raconte qu’un déplacement incognito du directeur du CNI au Maroc au mis de janvier 2002, en pleine crise diplomatique, pour s’entretenir avec son homologue marocain, Hamidou Laanigri, alors directeur de la DST, provoqua la colère d’Aznar à l’encontre de Dezcallar. Le chef du gouvernement espagnol avait alors préféré que les efforts du CNI soient plutôt orientés à espionner le Maroc qu’à coopérer avec lui dans la sécurisation de la région. Ce fut le début d’un processus qui conduira au ratage du 11 mars.

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