Éditorial : Le pouvoir corrupteur

Éditorial : Le pouvoir corrupteur

La Cour spéciale de justice continue à instruire les dossiers les plus brûlants sans que ses juges se soucient de sa prochaine dissolution annoncée pourtant par le ministre de la Justice lui même. Ce faisant, cette juridiction exceptionnelle continue à épingler des personnalités toutes aussi exceptionnelles par leur stature et leur fonction.
Des hauts fonctionnaires de l’Etat , des élus et des hommes d’affaires que personne n’aurait imaginé tomber aussi bas. Mais l’appareil judiciaire est ainsi fait, bien fait d’ailleurs qu’il n’est pas censé distinguer un pauvre d’un riche ou une notabilité d’un humble citoyen. Heureusement, sinon la démocratie ne serait qu’un échafaudage fragile monté sur des faux piliers constitués de discours creux.
La justice n’est pas un étalage d’une boutique dans un marché comme s’ingénie, bêtement, à la qualifier une certaine presse qui a perdu le nord du journalisme dans le fond et dans le style. Taxer les procès de détournement de deniers publics d’esbroufe qui n’instaure pas la bonne gouvernance, relève de l’irrationnel journalistique bien de chez nous . D’autant plus que ce raisonnement par l’absurde, dans le sens non mathématique du terme, conditionne tout à l’instauration de la transparence. Or, un simple calcul mental aurait mis la puce à l’oreille à cet auteur mal inspiré pour comprendre que c’est la justice, à travers le procès, qui garantit la vraie transparence. Cette hérésie journalistique n’a pas empêché , heureusement, la Cour spéciale de justice d’engager un procès contre un gouverneur et un président de la communauté urbaine de Casablanca.
Si notre mémoire est bonne, c’est une première dans les annales judiciaires que des gradés de ce niveau du ministère de l’Intérieur soient écroués après une enquête de la BNPJ.
Au temps de Driss Basri, un gouverneur est par définition infaillible et si jamais il n’obéit pas aux ordres, il est soit muté, soit réintégré à l’Administration centrale. À preuve, nombreux sont les gouverneurs qui ont trempé dans des affaires plus que douteuses sans être jamais inquiétés. La pire des choses qui pouvaient leur arriver , c’est d’être mis au placard sans toutefois être obligés de rendre compte de l’origine de leur enrichissement. Par contre, le gouverneur Abdelaziz Laâfora n’a pas bénéficié de cette immunité extrajudiciaire peut-être à cause des liens très étroits qu’il avaient tissés avec Driss Basri.
Etrange destin d’un homme aussi intelligent et dynamique qui provient pourtant d’une couche sociale très moyenne. Il était même fier de le rappeler aux gens quand à ses débuts, il avait séduit la population par son humilité et son sens de la proximité. C’est certainement en devenant gouverneur à Casablanca qu’il a dû perdre ses repères d’un enfant du peuple en fréquentant les grands et les affairistes. Quant à Abdelmoughit Slimani, il aurait été quelqu’un d’autre que ce qu’il a été s’il n’avait pas un lien de parenté avec l’ex-ministre de l’Intérieur. C’est dire que parfois l’anonymat constitue la meilleur immunité face au pouvoir corrupteur du pouvoir.

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