Éditorial : le retour de la BNDE

La Banque nationale pour le développement économique (BNDE) est dans le collimateur de la justice. L’interpellation récente de son ex-patron Farid Dellero laisse présager l’éclatement d’un nouveau scandale financier d’amplitude égale ou supérieure à celle du Crédit immobilier et hôtelier (CIH).
C’est un secret de polichinelle, cette banque d’Etat a la réputation d’être une citadelle où à l’ombre de l’impunité et du népotisme ont prospéré des méthodes de gestion et d’octroi des crédits pour le moins douteuses sur fond de rapine organisée des finances publiques et d’enrichissement indu. Résultat: la situation de l’établissement est telle que sa privatisation était devenue problématique malgré les multiples tentatives de soigner le look de la mariée.
Il a fallu attendre l’avènement du gouvernement actuel pour qu’une solution “originale“ soit envisagée. Tout à sa volonté de bien faire, le Premier ministre a pris les devants il y a quelques mois en concoctant un plan de sauvetage d’un troisième type : dissoudre la BNDE dans le moule intégrateur de deux autres banques publiques : la CDG et la CNCA. Chacune a pris un pan de l’institution malade.
A l’une la banque d’affaires et à l’autre le réseau d’agences. Cette manière de faire offre l’avantage aux yeux de Driss Jettou de coiffer éventuellement au poteau des députés curieux au cas où ils auraient l’intention d’enquêter sur la BNDE. Un nouveau scandale, similaire à celui du CIH justement révélé à la faveur d’une commission parlementaire, serait porté à nouveau sur la place publique pour finir devant la Cour spéciale de justice avec son lot d’interpellations et d’interrogatoires. C’est ce feuilleton dramatique et une affaire de plus que M. Jettou a voulu éviter en enterrant définitivement les cadavres de la BNDE. L’interpellation de Farid Dellero montre au moins une incohérence dans la politique gouvernementale en ce sens où les plans de M. Jettou risquent d’être contrariés par l’appareil judiciaire. En fait, ce n’est qu’un juste retour des choses. Force est de reconnaître que la démarche du Premier ministre, quand bien même elle partait d’un bon sentiment, péche par sa négation de l’exigence de reddition des comptes. Il n’est pas normal que les fonds de la BNDE passent ainsi par pertes et profits sans que les responsables ne répondent de leurs actes délictueux. En un mot, les considérations politiques ne doivent pas prendre le pas sur l’exigence de justice et la recherche de la vérité quel que soit le prix à payer.
Au-delà de cette affaire de la BNDE, les pouvoirs publics donnent l’impression d’hésiter sur la conduite à suivre dans le domaine des “affaires“ non purgées du “Maroc ancien“. Tout en faisant de la moralisation de la vie publique un souci constant et non occasionnel, il faut à un moment donné tourner une fois pour toutes la page de la gabegie financière du passé pour que le Maroc nouveau puisse, sans heurts ni obstacles, tracer sereinement son chemin vers une gouvernance propre et transparente.

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