Éditorial : Le secret des cieux

Finalement, l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL) et la direction de la Royal Air Maroc (RAM) ont pris langue vendredi 5 et samedi 6 juin. Deux jours de négociations intenses ont permis de mettre fin à une grève qui a commencé mercredi 26 mai, occasionnant perturbation du trafic aérien, manque à gagner important pour la compagnie et déstabilisation de l’activité touristique et le transport des passagers. Or, force est de constater que la fringale de communication à grand renfort de communiqués de part et d’autre qui avait accompagné ce mouvement social a disparu quand il s’est agi d’expliquer les termes de l’accord auxquel sont parvenues les deux parties en conflit. Ces dernières ont en effet refusé d’en dévoiler le contenu se contentant de communiqués aussi laconiques que vagues.
Ce que l’AMPL et la direction de la RAM dans une convergence de vue exceptionnelle voulaient tenir secret comme si c’était un péché ? Les grévistes ont fini par obtenir gain de cause sur leur principale revendication, à savoir la réintégration de leurs six collègues licenciés. L’association a fait de cette exigence le préalable à toute ouverture du dialogue.
Désormais que les vols ont repris normalement, les deux protagonistes du conflit peuvent discuter du reste à tempérament. Est-ce pour privilégier l’esprit de ni vainqueur ni vaincu que la consigne de “motus et bouche cousue“ a été donnée? Les pilotes ont-ils évité d’annoncer la réintégration de leurs amis pour ne pas donner le sentiment qu’ils ont gagné la bataille ? La direction de la RAM n’a pas voulu communiquer pour éviter d’accréditer l’idée d’avoir cédé au “diktat“ des pilotes ?
Ceci nous amène à une autre question : quelle est l’utilité de cette grève ? Etait-il nécessaire de débrayer pendant plus d’une semaine pour se rendre finalement compte de l’urgence de s’asseoir autour d’une table de négociation ? Autrement dit, qu’est-ce qui a empêché les responsables de la RAM et les pilotes d’amorcer le dialogue dès le début au lieu de s’engager dans un bras de fer aussi coûteux ? Sauf à les passer par pertes et profits, qui va payer les pots cassés? Beaucoup de questions et peu de réponses.
Plus déroutant encore, le mutisme du gouvernement et principalement du ministre du Transport et du Premier ministre tout au long de la crise de la compagnie. Tout se passe comme si Karim Ghallab et Driss Jettou n’étaient pas concernés par le sort de la RAM. Ni l’un ni l’autre n’ont entrepris, alors qu’ils ont obligation de le faire étant donné qu’il s’agit d’une entreprise publique stratégique, de démarche pour tenter de désamorcer le conflit. Le compromis signé entre la direction et les pilotes aurait dû intervenir sous les auspices de la Primature et du département de tutelle. Ce n’est pas le cas.
La force d’un gouvernement se juge à l’aune de sa capacité à résoudre les conflits économiques et sociaux et non de sa faculté à se complaire dans l’inauguration des chrysanthèmes. L’Exécutif actuel a, encore une fois, montré qu’il subit les événements au lieu de peser sur eux.

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