Éditorial : Le silence coupable

Les sidéens vivent parmi nous. Le VIH/SIDA ne prolifère pas seulement en dehors de nos frontières. La plus grande catastrophe de santé publique que le monde ait jamais connue touche aussi des Marocains. On peut les voir au service d’immunologie du CHU Ibn Rochd à Casablanca et dans les locaux des associations de lutte contre le Sida.
Les ONG tirent en vain la sonnette d’alarme. Leur discours s’est banalisé au fil des ans. Ca arrive seulement aux autres, pense-t-on. Même ceux qui s’étaient protégés contre le virus, au moment où des discours enflammés leur avaient fait peur, ont fini par baisser leur garde. Le virus ne s’en est que mieux porté. En une année, le nombre des sidéens a augmenté de 20% au Maroc, portant le nombre des cas enregistrés à 1438. Et il faut s’attendre à une hausse inquiétante de cas dans les années à venir.
Car qui a mis en place un barrage solide pour combattre cette catastrophe? Face à cette épidémie, la riposte des autorités est d’une lenteur, d’un silence coupables. Les deux chaînes de télévision attendent généralement la journée mondiale de lutte contre le Sida pour parler du sujet. Aucune campagne de sensibilisation courageuse n’a été menée à l’échelle nationale. Le ministère de tutelle évite comme la peste ce sujet. A l’exception de quelques actions timides, il ne cherche pas à informer réellement des risques de contracter le virus. Des centaines de milliers de personnes s’y exposent pourtant quotidiennement.
Aucun mot d’ordre n’incite non plus les prostituées à utiliser des préservatifs. Elles sont renvoyées, en même temps que le virus, vers les rivages du non-dit. La politique prônée jusque-là consiste à fermer les yeux ou à se retrancher, au nom de la morale, derrière des victimes faciles (toxicomanes, prostituées, homosexuels, etc.).
Il est temps que l’Etat s’implique davantage pour sensibiliser les citoyens aux risques réels de contracter le virus. Il est temps qu’il cesse de stigmatiser par son silence ceux qui n’ont accès ni à l’information, ni à la prévention, ni aux soins, ni aux médicaments. C’est parmi ces catégories que le virus se développe en silence. Les sidéens marocains vivent une détresse humaine indescriptible. La loi du silence qui frappe la maladie les oblige à raser les murs, à se terrer comme des rats. Mais le silence, qui a jusque-là prévalu dans le traitement du VIH/SIDA, ne saurait durer trop longtemps. Le sida risque de faire beaucoup de bruit, si les autorités publiques n’anticipent pas, aujourd’hui, sur ses ravages, en menant à cor et à cri de vraies campagnes de sensibilisation.

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