Éditorial : Le sondage satanique

Éditorial : Le sondage satanique

Le PJD ne cessera jamais de nous étonner. Voilà, le parti de Saâd Eddine El Othmani a peur de lui-même. De sa performance électorale que l’Institut républicain international (IRI) lui a prêtée en cas d’élections législatives anticipées ( 47% des suffrages). Une bel exploit que les figures Pjdistes ont fait vite de rejeter comme un mauvais sort. Une malédiction made in US.  L’affaire continue visiblement de poser un grave gros problème à l’intérieur du parti que Abdellah Baha, secrétaire général adjoint du PJD, est monté à son tour au créneau dans une interview-fleuve publiée à la Une de «Attajdid» du jeudi 13 avril pour contester ces prévisions. La pensée ou la crainte pjdiste est résumée dans le titre:  “il est difficile de dire que le PJD réalisera un raz de marée à plus forte raison prendre la primature“. Qui a dit que les islamistes marocains ne sont pas extraordinaires ? Même dans la contradiction, ils restent sublimes, inégalés. Aucun parti au monde n’exprimera en effet des réserves aussi appuyées devant des sondages qui lui sont favorables.
C’est la preuve si  besoin est que le PJD est unique dans son genre et qu’il est fait d’une étoffe différente en tout point de celle par exemple d’un parti comme le PND de Abdallah Kadiri dont le fabuleux travail accompli depuis des années au service du monde rural n’intéresse personne ! 
Mais n’est pas PJD qui veut. Il ne lui reste plus qu’une seule chose pour persuader les sceptiques et rassurer pouvoirs publics et partis politiques : organiser à Rabat une marche nationale religieusement pacifique où les futurs candidats PJD jureront à l’unisson sur le Coran qu’ils perdront les élections de 2007.  Pour une formation qui a déjà fait de l’autolimitation en 2002 en évitant de couvrir l’ensemble des circonscriptions, tout est envisageable pourvu que sa force de frappe soit minimisée. 
Tout se passe comme si le PJD avait peur de sa force réelle ou supposée. Et si El Othmani et ses amis ne savaient pas comment appréhender les résultats de l’institut américain pour déterminer si c’est du lard ou du cochon, un travail objectif ou une grosse manipulation ? On se souvient que l’administration de Bush père avait, lors de la première Guerre du Golfe en 1989, présenté l’Irak de Saddam Husseïn comme disposant de la quatrième armée du monde. Ce qui était totalement faux. Mais cette technique avait probablement un objectif inavoué, justifier l’agression contre un pays“ représentant un danger pour le monde“. Tout à leur paranoïa, les islamistes du PJD ne sont pas loin de considérer que leur score électoral a été sciemment gonflé par l’oncle Sam pour mieux les casser. Voilà en tout cas qui est de nature à les conforter dans ce qu’ils doivent penser du pouvoir américain. Une puissance qui pratique l’ambivalence et la duplicité à souhait. Saâd Eddine El Othmani, invité prochainement aux Etats-Unis, sait maintenant à quoi s’en tenir avec ses hôtes. Il doit se méfier des compliments et se contenter de leur répondre par des sourires courtois comme il sait très bien les dessiner sous sa barbe finement ciselée.

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