Éditorial : Les bienfaits de l’amnistie

Les années de plomb sont tellement noires et continuent à hanter les esprits des victimes qu’elles sont devenues insupportables même pour ceux qui ne l’ont pas connues. Heureusement que l’ère nouvelle incarnée par SM le Roi Mohammed VI a rendu justice à toutes les personnes ou familles qui ont souffert de la torture ou de la disparition. Certes, certains veulent aller jusqu’au bout du questionnement des gens impliqués dans ces crimes. Mais même si tout le monde comprend leur douleur, il est pratiquement impossible d’ouvrir des procès à l’encontre des tortionnaires. D’abord l’expérience dans d’autres pays similaires a démontré que la réconciliation réussit à mieux à panser les blessures qu’un certain esprit de vengeance. Ensuite, et c’est l’obstacle insurmontable dans cette affaire de jugement, c’est que les accusés ne sont pas connus à part quelques noms que les défenseurs des droits de l’homme rapportent depuis des années. Encore faut-il préciser que dans cette poignée de tortionnaires pointés, ne figurent que des fonctionnaires gradés de la sécurité. Ce qui élude de facto tous les subordonnés, que l’on devine plus nombreux, qui auraient plus trempé dans le traitement inhumain des détenus. C’est dire que cette voie ne mène nulle part, d’autant plus que l’Etat a reconnu sa responsabilité dans ces violations de droit de l’homme. Un aveu qui par définition met à l’abri tous les fonctionnaires impliqués qui auront à évoquer la fameuse théorie du simple exécutant face à l’autorité de la hiérarchie. Il est vrai que rien ne peut justifier le recours à la torture même s’il s’agit d’un ordre strict émanant de gens puissants dans une conjoncture de répression. Mais il faut aussi savoir pardonner quand la majorité veut tourner une page noire de notre histoire pour rouvrir celle de la réconciliation. Cette approche réussie ailleurs est aussi valable pour les crimes économiques commis par certains fonctionnaires de l’Etat. Dans une conjoncture interne difficile et des contraintes externes de plus en plus dures, il est plus que jamais nécessaire d’agir autrement que par la répression. Le retour de Ghali Sebti impliqué dans la fameuse affaire des minotiers et sa mise en liberté provisoire par le juge d’instruction rétablit un climat de confiance on ne peut plus nécessaire. Il est donc plus judicieux pour les pouvoirs publics que pour les contribuables que ces affaires de détournement soient traitées comme l’ont été celles des droits de l’homme. Le Maroc a plus besoin d’argent que d’hommes en prison pour avoir détourné les deniers publics. Il est donc plus utile que ces gens remboursent à l’Etat ce qu’ils ont encaissé indûment en contrepartie d’un élargissement qui ne fait mal à personne. Bien au contraire, les finances de l’Etat seront meilleures et les contribuables en profiteront par le biais d’investissements. Cette amnistie pourrait bien sûr s’étendre à tous ceux qui ont déposé leur argent à l’étranger depuis des décennies. Ils pourront rapatrier cette manne de devises pour l’investir dans leur pays sans le moindre risque répressif , voire bénéficier des mesures incitatives. Tout le monde y gagnera.

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