Éditorial : Les forces de l’inertie

Le problème principal du Maroc a pour nom les freins à la modernisation. Le pays, qui est toujours au milieu du gué, est en butte dans de nombreux secteurs à des forces de l’inertie qui entrent fortement en action pour bloquer toute velléité de changement qui s’annonce et maintenir le statu quo. Un exemple parmi tant d’autres s’exprime parfaitement dans l’affaire des abattoirs de Casablanca. Les autorités de la ville ont construit il y a quelques années une nouvelle unité d’abattage moderne, propre et transparente qui a remplacé l’ancienne, vétuste, sale et opaque.
Avant même l’entrée en service du nouveau projet en 2002, les chevillards se sont organisés en mettant en avant divers arguments fallacieux comme la cherté de la taxe d’abattage dans l’espoir en fait de le faire capoter et de revenir à la situation ante. Ce lobby qui fait la pluie et le beau temps dans son domaine n’a jamais accepté la délocalisation de l’activité.
Aujourd’hui encore, les abattoirs reviennent au-devant de l’actualité à cause du renchérissement du prix de la viande de quelque 3 Dhs dans le kilogramme. Le jeu des chevillards n’est probablement pas étranger à cette hausse destinée à accabler la nouvelle structure et pousser vers un retour à l’ancienne .
A travers cette affaire, deux mondes s’affrontent, le monde de la transparence et le monde de l’opacité. Dans le premier, en plus du respect des normes d’hygiène et de propreté, tout est rigoureusement contrôlé depuis l’entrée de la bête jusqu’à la sortie de la carcasse. Dans le second, tout concourt pour favoriser la fraude et les combines. Pour 10 têtes de bovins sacrifiées, on en comptabilise par exemple la moitié ou moins. La différence, argent occulte, passe par un autre trou. En clair, une partie des recettes tombe dans les caisses de la communauté urbaine de Casablanca et l’autre sert à enrichir de manière indue la chaîne des complicités. Les nouveaux abattoirs ont signé justement la fin de ce système poreux qui a longtemps saigné le budget communautaire. C’est pour cela qu’ils sont combattus par ceux qui ont été privés d’une belle vache à lait, généreuse et consentante.
Au Maroc, c’est connu, la fraude et l’informel rapportent plus que l’effort. C’est tout le problème du pays ; il se trouve à chaque fois qu’il veut moderniser des pans entiers de son économie et de ses services tiré vers le bas par les lobbies de l’uderground et du désordre qui ne pensent qu’à leurs intérêts propres et à leurs petits conforts personnels. Pour arriver à leurs fins, ils sont prêts à tout y compris à prendre en otage les secteurs où ils opèrent.
Les responsables, gouvernement et autorités, doivent être sur la même longueur d’onde et prendre beaucoup sur eux-mêmes pour neutraliser ces chantres de l’immobilisme et imposer les réformes nécessaires dans tous les domaines de la vie active. Faute de quoi, la modernité et le progrès auxquels aspire le Maroc risquent de rester figés au stade de voeu pieux.

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