Éditorial : Les gardiens de l’argent public

On n’a jamais aussi souvent parlé des rapports établis par l’Inspection générale des Finances que durant ces cinq dernières années. Les quelques scandales financiers qui font la Une de la presse nationale, depuis quelque temps, ont attiré l’attention des médias vers ce département, dont le résultat du travail était jusque-là classé confidentiel et ne quittait jamais les tiroirs des responsables concernés.
Aujourd’hui, cette situation a changé. Certes, on n’est pas encore arrivé à la transparence totale, mais la volonté de donner suite aux audits réalisés par l’IGF existe.
Ainsi, si, il y a juste quelques années, le sort réservé aux rapports d’audit réalisés par ce corps de contrôle était le plus souvent d’atterrir dans les archives et de ne plus faire parler d’eux, aujourd’hui, ils donnent généralement lieu à des poursuites judiciaires.
Certes, ce n’est pas toujours le cas, mais il faut reconnaître que de plus en plus de rapports sont remis au ministre de la Justice pour qu’il prenne les décisions idoines. Les exemples ne manquent pas : CNSS, BNDE, CIH, etc. Ces dossiers sont aujourd’hui devant la Justice et des procès ont été engagés contre ceux qui ont détourné les deniers publics.
Mais, dans le traitement réservé par la presse aux informations concernant ces dossiers, on s’est toujours intéressé au côté judiciaire du dossier et les révélations contenues dans les rapports de l’IGF, sans se pencher sur ce corps de contrôle et la manière avec laquelle il effectue ses missions. Car, comme disent les inspecteurs des Finances qui font partie de ce département, « derrière chaque audit, il existe une longue histoire ». En fait, chaque rapport établi par ce corps d’élite des Finances publiques est un travail de longue haleine qui nécessite une grande préparation, un plan minutieusement et discrètement préparé ainsi qu’une détermination à aller au bout de l’enquête.
Et c’est cette détermination qui a fait des inspecteurs de l’IGF les cadres les moins aimés de l’administration publique. En effet, la nature de leur travail, qui consiste à dénicher la moindre infraction financière et toute irrégularité budgétaire, a fait d’eux des gens mal-aimés. Pourtant leur mission est noble et ils sont tous conscients de l’importance du travail qu’ils font. « Nous sommes les gardiens de l’argent public », disent certains inspecteurs non sans fierté, avant d’ajouter que « seuls les fraudeurs nous craignent et nous détestent ». Mais, ils reconnaissent qu’ils payent cher cette « crainte » comme c’est le cas de leur situation salariale qui n’aurait pas été intégrée dans le plan de régularisation des administrateurs décidée par le gouvernement. Ils rappellent aussi que les moyens humains et matériels mis à leur disposition sont insuffisants par rapport aux besoins de leur département. Ce qui ne les empêche pas d’aller à la chasse des fraudeurs et des voleurs de l’argent public.

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