Éditorial : Les idées de la guerre

Saddam Hussein aurait perdu une bataille mais pas la guerre et l’Irak tombé sans résistance ne serait qu’une stratégie militaire. Ce sont les explications fournies par les derniers adeptes de l’ex-dictateur pour justifier la fuite du régime et de sa Garde républicaine. À l’époque tout le monde se moquait de cette thèse rocambolesque qui rappelle les fourberies de l’inénarrable ministre de l’Information, Mohamed Al- Sahaf. Aujourd’hui, après six mois d’occupation et le calvaire subi par la puissante coalition dirigée par les Américains, l’hypothèse du retrait tactique n’est plus aussi farfelue qu’on pouvait le croire auparavant. Si l’armée américaine n’a trouvé aucune trace des fameuses armes de destruction massive, elle a, par contre, rencontré une résistance farouche des Irakiens. À tel point que les certitudes de la puissance américaine ont été fortement ébranlées par une guérilla bien organisée et lourdement armée. Les attentats, les morts et les destructions de l’armement américain ne se comptent plus et sont devenus une rançon quasi-quotidienne d’une occupation illégale et illégitime. Après l’euphorie des premiers jours, les Etats-Unis ont perdu sur tous les fronts la bataille qu’ils ont engagée en dépit du refus du monde entier et d’un tollé général à l’ONU. La liberté qu’ils ont promise aux Irakiens a été bafouée par les gaffes répétées des jeunes Gi’s à la gâchette facile. Curieusement, sous le sanguinaire Saddam, l’Irak allait mieux avec plus de sécurité, moins de vols et de viols, et des salaires garantis. La coalition et notamment les Américains ne garantissent plus rien au peuple irakien, ni eau, ni électricité, ni travail, ni sécurité des biens et des personnes. La débandade est totale à tel point que les Gi’s n’ont qu’une seule envie, c’est de rentrer chez eux pour fuir l’enfer d’un autre Vietnam. Même le faucon ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, commence à douter de l’usage de la force pour lutter contre le terrorisme. Il préconise de gagner la guerre des idées avant celle de la guerre, sauf que l’Irak n’abrite ni des terroristes, ni des armes nucléaires chimiques ou bactériennes. C’est dire combien l’Amérique s’est trompée d’adresse et combien elle a multiplié les maladresses. À preuve, voilà un pays qui a déclaré la guerre contre l’avis de tout le monde et qui ose demander aux pays du monde de l’aider militairement et financièrement à mener cette guerre. L’absurde n’a jamais tué le clan radical de la Maison Blanche, mais Bush est en train de se perdre et de faire perdre à l’Amérique toute notion de crédibilité. La popularité du président américain a été très altérée par les défaites cuisantes d’une armée dont les soldats sont plus portés sur le suicide que sur les combats. La plupart des Gi’s veulent retourner chez eux, d’autres ont profité d’une éphémère permission pour déserter et des voix s’élèvent de plus en plus pour réclamer le retrait de l’armée américaine du bourbier irakien. Ce qui serait plus raisonnable. Car personne n’est capable aujourd’hui de prévoir l’issue de ce long tunnel de la guérilla où l’obscurité réduit à zéro la visibilité.

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