Éditorial : Les maillons faibles

L’accident de Taroudant, qui a fait, mardi 29 mars, huit victimes parmi des touristes français en séjour au Maroc, porte un coup assez sérieux à l’image du tourisme national. Certes, ce drame trouve son origine dans une erreur humaine. Celle du conducteur du véhicule 4X4, une touriste anglaise, qui a percuté l’autocar roulant à une vitesse raisonnable en ligne droite, en opérant un dépassement dangereux. Autrement dit, ni la qualité de la route, ni la responsabilité du chauffeur marocain, ni l’état technique du véhicule qu’il conduisait ne sont en cause dans ce qui est arrivé. Mais il n’en demeure pas moins que cette tragédie retombe sur le secteur touristique national : les médias français se sont emparés de cette triste affaire qui ne peut que frapper les esprits des touristes réels ou potentiels surtout si l’amalgame est entretenu dans le traitement de l’information. On connaît les ravages de la route marocaine. Maintenant, ces derniers sont mis en route et touchent même l’industrie marocaine des vacances. Déroutant. On aurait aimé que ce genre de drame n’arrive pas. On aurait aimé que les invités du pays prennent du bon temps chez nous et repartent, contents de leur voyage, sains et saufs avec le projet de revenir.
Malheureusement, il est difficile d’expliquer le fait que des touristes viennent au Maroc pour y mourir tragiquement même si ce sont-là des choses qui peuvent se produire ici et ailleurs. Mais une telle situation doit interpeller les responsables d’un pays qui a misé sérieusement sur le tourisme comme secteur de développement et vecteur de prospérité. Si seulement le tourisme était une activité autonome. Mais ce n’est pas le cas. Il est à la confluence de tous les secteurs d’activité et de beaucoup d’autres choses: santé, sécurité, infrastructures, hygiène alimentaire, formation, etc… D’où sa complexité et sa fragilité. On a beau avoir les meilleures plages et les plus beaux sites du monde, dépenser des milliards dans la promotion touristique,  il suffit qu’un maillon de la chaîne soit défaillant pour que tout s’écroule. Autrement dit, on ne saurait construire une stratégie solide et sérieuse du tourisme sans que les compartiments qui entrent en ligne de compte dans cette industrie vulnérable soient inexistants, insuffisants ou déficients.
La vision 2010, qui a tout de même le mérite d’exister et de mobiliser les professionnels autour de certains objectifs, péche justement par son caractère incomplet en ce sens que ses rédacteurs ont imaginé l’évolution du secteur indépendamment de celle des autres et de leur contribution indispensable à la réussite du pari de toute une nation. Or,  sur le terrain, beaucoup de choses ne suivent pas.  Il est, en effet, inconcevable que les destinations-phares du pays ne soient pas suffisamment reliées par voie aérienne ou pas du tout. C’est le cas par exemple d’Agadir et de Marrakech. Résultat : le touriste en séjour dans l’une des deux cités doit, pour se rendre dans l’autre, emprunter la route avec tout ce que cela suppose, en l’absence du réseau autoroutier, comme risques alors que l’avion est réputé être le moyen de transport le plus sûr. Les paradoxes de ce genre, on peut les multiplier à l’envi. Jusqu’à quand ?

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