Éditorial : Les miracles de la statistique

La statistique chez nous reste très aléatoire, même si à un moment donné, elle disposait d’un ministère et de Centres régionaux. Il est vrai que cet important département est bien loti en ressources humaines et matérielles, mais jusqu’à présent il n’est pas arrivé à maturité. A tel point que le gouvernement Jettou a zappé ce ministère et attendu près d’une année pour le remplacer par un Haut commissariat. C’est comme si la statistique pouvait marcher toute seule ou que le gouvernement pouvait s’en passer. La dernière hypothèse étant la plus saugrenue, car les informations de la statistique font la politique économique, sociale et politique. Encore faut-il que les bases de données qui l’alimentent soient recueillies minutieusement et d’une manière ordonnée à la source. Ce qui n’est pas toujours le cas chez nous, quand on sait que les chiffres et les indices diffèrent d’un département ministériel à un autre. C’est ce qui explique que les calculs du taux de chômage, de l’inflation ou de croissance n’ont jamais été perçus comme des chiffres reflétant la réalité économique. La dernière sortie du ministre des Finances et de la Privatisation ne lève pas le voile sur la valeur absolue de la statistique chez nous. Quand l’argentier du Royaume calcule le taux de croissance sur une moyenne de trois ans, c’est qu’il y a anguille sous roche. Soit on manque cruellement de statisticiens capables de nous calculer le taux de croissance par année, soit le ministre essaye d’optimiser ce taux, et donc son bilan, en se basant sur la moyenne. Pour être plus précis, admettons que la croissance de cette année ne dépasse pas un pour cent et que celles des années 2002 et 2001 ont atteint respectivement 7 et 8 %. La moyenne donne 5,3 % ( le ministre a été plus précis en annonçant 5,03%), personne ne saura que le taux de croissance de 2001 a régressé respectivement de 6 et de 7 %. Le raisonnement est le même quand le ministre des Finances, Fathallah Oualalou, affirme dans une conférence de presse que la réforme de la Moudawana équivaut à un point de taux de croissance. Quant aux foulées du recordman Hicham El Guerrouj, elles sont capables de nous ramener un taux de croissance à deux chiffres qui auraient sorti notre pays de son marasme économique. La statistique est devenue une belle littérature. C’est dire combien elle n’est pas une science exacte chez nous, et ce, même lorsque le ministre évoque le montant de la dette extérieure. Tantôt, il annonce le chiffre de 14 milliards de dollars, tantôt il parle de 13 milliards. Une somme qui aurait été revue à la baisse si la conférence de presse avait duré plus longtemps. Quand on jongle avec les chiffres comme avec un ballon de football, la statistique pourrait donner un chiffre d’investissement public de 70 milliards de dirhams. Dixit Oualalou, sauf que dans la loi de Finances, il n’est fait mention que de 19 milliards de dirhams. Un chiffre qui ne bouge pas depuis des années. Certes, si l’on inclut les investissements alloués aux fondations et autres institutions extra-ministerièlles, le compte est bon. Mais ailleurs, le ministre cache beaucoup de mauvais chiffres à travers une subtilité statisticienne qui semble avoir beaucoup de beaux jours devant elle.

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